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Mc Fred

Cinéphile, architecte, réalisateur vidéo, peintre, animateur et consultant........................... J'aime le Vrai, le Beau, le Bien, le Bon..............77 017 visites depuis l'ouverture du blog. Goûtons l'instant présent !

Publié par Mc Fred

Article vu 1 257 fois

film de François Ozon

Grace à Dieu

L’actualité cinématographique semble pour cette semaine être accaparée par le film de François Ozon.

Le scénario. « Grace à Dieu » retrace la création de l’association « La parole libérée » crée par les victimes du père Bernard Preynat. Celui ci est a en effet reconnu avoir abusé sexuellement de plusieurs dizaines de jeunes garçons au sein du scoutisme dans les années 1970-80. Nous suivrons donc durant 2h17 les parcours de trois personnages ou témoins  principaux : Alexandre (Melville Poupaud), François (Denis Ménochet) et Pierre Emmanuel (Swann Arlaud). Chacun de ces trois hommes a un parcours particulier que le film détaille en nous les montrant dans la diversité de leur environnement conjugal et familial. Tous trois sont profondément blessés par ce qu’ils ont subit.

Grace à Dieu
Grace à Dieu

La question de fond. Tout d'abord, l'abus sexuel sur mineurs,  qui plus est venant d'un prêtre, est pour nous un fait particulièrement odieux. Jusqu'à un passé proche, les adultes n'avaient pas pris toute la mesure de la gravité de ces fautes et des séquelles durables dont souffraient les victimes. Notre époque ambivalente a ici le mérite de l'intransigeance, en voulant faire toute la lumière et juger les auteurs. Néanmoins, le tambour médiatique ne stigmatise les coupables que lorsqu'ils s'agit de l'Eglise. Alors que ces crimes sont tout aussi atroces venant du milieu familial (plus de 80% des cas) ou de personnes ayant un rôle éducatif (écoles, mouvement de jeunes ou toute confession religieuse). 

Le film. Revenons à "Grâce à Dieu". Le film était assigné en référé par l’un des avocats du père Preynat pour avoir rompu la présomption d’innocence et par celui de Mme Régine Maire, montrée dans le film sous son vrai nom pour atteinte à la vie privée. Suspense ? De courte durée à dire vrai puisqu’il a bien été programmé ce 20 février.  Après, notons-le,  de nombreuses avant première publiques, en France. Et après avoir reçu le prix du jury lors du 69e festival de Berlin.

Ce film s’inscrit donc dans un contexte particulier dont on comprend vite que les enjeux  ne sont pas que cinématographiques. Partons, si vous le voulez bien des propos de François Ozon lui-même : « Je ne fais pas un film militant, j’essaie de montrer la complexité des sentiments ». La seconde partie de la déclaration de François Ozon est juste : il nous montre la complexité des sentiments. En y incluant,, à juste titre, tout le réseau des relations amicales, familiales, les rivalités, les regrets douloureux des parents, ou au contraire la négation du mal subit pour certains. Mais le film n’est pas que le portrait de ces hommes abusés dans leur enfance. Toute l’ambiguïté est annoncée sur l’écran noir en début de séance : « Ce film est une fiction basée sur des faits réels »

Grace à Dieu

En effet,  le film est aussi un film militant : on ne met pas en scène des faits en cours d’instruction, donc non  encore jugés, sans leur donner une coloration particulière et partisane et surtout  on ne donne pas chair impunément à des personnes vivantes de façon totalement neutre. Parce que précisément tout l’enjeu du cinéma est là. Une des victimes Alexandre Hezez le revendique d’ailleurs  au cours d’une interview : « je crois au pouvoir de la fiction pour faire bouger la société ». Avec son film, François Ozon veut s’attaquer à la toute puissance supposée de l’Eglise. Le langage cinématographique sert cet aspect ne serait ce que dans la séquence d’ouverture ou l’on peut voir un prélat de dos hisser le saint sacrement au dessus d’un balcon qui surplombe la ville de Lyon illustrant ainsi cette « toute puissance ». Les images ne sont pas neutres, sinon ce serait la fin du cinéma !

Grace à Dieu

D’autre part, François Mathouret qui prête ses traits au Cardinal Barbarin, nous transmet une image bien terne, nous montrant un homme dépassé et comme un peu absent. Comment restituer les dialogues avec justesse ? Qui a dit quoi ? Nous montrer Mgr Barbarin dubitatif en charentaises et pyjama dans sa chambre est ce bien utile ?  Régine Maire qui reçoit Alexandre et le père Preynat et qui conclue ce douloureux face à face par un notre père main dans la main....fiction ou réalité ?

Militant et partisan quitte à enchaîner les affirmations.  A plusieurs reprises est évoquée une omerta volontaire de l’Eglise sur les actes pédophiles du clergé : « ils sont puissants » dit un des personnages. « Si vous voulez la tête de Barbarin, vous pouvez toujours courir » prévient l’avocate de l’association La Parole Libérée.

Grace à Dieu

Le thème du pardon est perverti par les propos de la femme d’une des victimes: « si tu lui pardonnes tu deviens son prisonnier ». Alors que le pardon est le fondement de la paix en rompant avec la spirale infernale de la violence !

Concluons, en posant que l’affirmation de François Ozon : « je ne fais pas un film militant, j’essaie de montrer la complexité des sentiments » est en partie vraie et en partie fausse !

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F
Critique intéressante et bien argumentée. Un grand merci.
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E
Bonjour, je n’ai pas vu le film, mais je vais aller le voir prochainement. Je pense qu’il ne faut pas se voiler la face, le phénomène de la pédophilie dans l’église catholique n’est pas nouveau, loin de là. Il suffit de lire Sébastien Roch d’Octave Mirbeau pour s’en convaincre, mais ce n’est qu’un exemple par d’autres. Je pense aussi qu’il faut être intraitable face à de tels actes et les étouffer pour protéger l’église est une catastrophe totalement contre-productive. Et j’irai plus loin, peut-être faut t’il s’interroger sur le célibat des prêtres, les églises catholiques orientales ordonnent bien des hommes mariés ! Une évolution en ce sens me parait indispensable, d’autant plus qu’elle n’est pas justifiée par le dogme.
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M
C’est un film qui est effectivement au cœur de l’actualité. A ce sujet, l’Eglise est absolument remarquable en étant la seule ONG qui ose faire toute la lumière sur ce sujet en son sein. Cela n’excuse en aucun cas l’omerta passée, bien entendu. Par contre reposer la question du célibat des prêtres comme solution aux questions des violences sexuelles sur mineurs me semble déplacé. En effet 75% des cas sont incestueux (Cf. https://www.universalis.fr/enc[…]mene-en-france/) Il ne reste donc, en dehors du cercle familial que 20% des cas (qui concernent en bloc les structures éducatives, écoles, sports, etc… Et aussi bien sûr, les structures religieuses quelles-qu’elles soient).
M
Le film est remarquable… Trois questions… Le secret… Garder sa foi… <br /> Sa confiance… En l’église… Pour les victimes… <br /> Et… Quel accompagnement est prévu VRAIMENT pour aider celles ci ?
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P
Curé de paroisse, vicaire épiscopal, chargé de la Nouvelle Evangélisation, j’ai trouvé de mon devoir, à quelques heures de la Journée des fiancés du diocèse d’Avignon où des questions autour de la pédophile dans l’Eglise ne manqueront pas d’être posées, d’aller voir le film de François Ozon,  Grâce à Dieu, qui passait dans le cinéma de ma ville. <br /> <br /> Avant propos: Je n’en fais ni la promotion (même si d’un point de vue art cinématographique, c’est réussi), ni le dénigrement (même si certains accents semblent faire fi de la présomption d’innocence et même mettent en doute l’indépendance de la Justice)<br /> Situation et synopsis; Nous étions une dizaine dans la salle. Quel silence, quelle souffrance aussi, mais quelle délivrance finalement. J’avais l’impression d’être, non au cinéma, mais entre Ciel et Terre, entre le Calvaire et la Résurrection. Bande son et lumières de ce film sont une réussite. <br /> Nous sommes dans les années 2010, et Alexandre apprend que le prêtre qui a abusé de lui est toujours en fonction, et qu’il est en contact avec des enfants… C’est le point de départ de l’aventure humaine et spirituelle qui va le conduire avec d’autres victimes de ce prêtre à interpeler l’Eglise de Lyon, les médias et la Justice, en constituant une association : La parole libérée.<br /> <br /> La question qui est au cœur du film, et qu’on retrouvait déjà dans le remarquable film Spotlight sur l’affaire hors-norme de pédophilie dans le diocèse de Boston, c’est le Silence général ! Silence des autorités de l’Eglise de Lyon pendant des décennies, silence de la paroisse, silence des parents, silence collectif  de la société de l’époque d’alors entre 1970 et 1990. C’est un système qui a disfonctioné dans sa totalité. Pourquoi l’Eglise, les catholiques, les parents qui gravitaient autour de la paroisse de St Foy les Lyons n’ont pas osé dire, alors que cela se savait ? Sans doute par pudeur, par non compréhension de la souffrance en jeu, par peur aussi du scandale, hélas, peut-être aussi par lâcheté et complicité… <br /> <br /> Apréciations: <br /> Le jeu des acteurs, pour décrire la situation des victimes et de leur entourage, est remarquable de justesse. La complexité des situations personnelles et familiales fait apparaître à la fois la similitude des souffrances et des remords, mais aussi les différences dans la capacité ou non de les surmonter. Toute la palette de la société y passe, famille bourgeoise lyonnaise, famille pauvre et disloquée, victime devenue athée, d’autres toujours catholiques et le revendiquant pour l’honneur de l’Eglise. La finale même laisse apparaître combien personne n’en sort indemne… <br /> <br /> Le prêtre pédophile est bien campé: il est vieux au moment de La parole libérée, mais il demeure un pervers manipulateur, à la fois faible et séducteur, tel qu’il était jeune prêtre dans les flash-back terrifiants de son passé d’aumônier scoute.<br /> <br /> Je regrette que les autres prêtres, et le Cardinal Barbarin en particulier, soient montrés pratiquement comme imperméables, voire même irresponsables face à la souffrance des victimes. Et pourtant il aurait suffit à François Ozon de jouer dans son intégralité la Conférence à l’Assemblée plénière de Lourdes, pour voir le Cardinal dans sa vérité et sa dignité. <br /> Philippe Barbarin a toujours été sans ambiguïté du côté des victimes, et il a mis fin à l’exercice de ce prêtre dévoyé dès qu’il a été mis au courant des faits, même s’il a reconnu avoir commis des erreurs dans la gestion de cette affaire. Il y a évidemment cette phrase malheureuse la conférence à Lourdes, titre du film, « Grâce à Dieu, les faits sont prescrits. » Mais chacun peut aller écouter l’intégralité de la conférence sur youtube pour bien comprendre qu’il ne s’agit en aucun cas de couvrir les abus, ni encore moins de s’en réjouir… <br /> Et faut-il, le rappeler, les crimes abjects du Père Preynat se sont déroulés entre les années 1980-90, 15 ans avant la nomination du Cardinale Philippe Barbarin à Lyon. <br /> <br /> Le dernier procès en date rendra son verdict le 7 mars 2019: le Procureur a demandé l’acquittement pour le Cardinal et son personnel de l’accusation de non-dénonciation de crime. <br /> <br /> <br /> Conclusion La grande réussite du film est de montrer, voire démontrer, qu’il est important de libérer la parole à tous les niveaux de la société, Eglise y compris. Et c’est ce point de départ de libération de la parole en 2014 qui est montré dans ce film. Comment l’association La Parole Libérée va prendre jour,<br /> <br /> Epilogue: En sortant de la salle de cinéma, dans un grand silence de cathédrale, j’ai tout de suite pensé à Jésus lui-même, Parole libérée du Père : « Malheur par qui le scandale arrive ! » « Celui qui scandalise un de ces tout-petits, mieux vaudrait qu’on lui attache une meule… » « Que votre oui soit oui, que votre non, soit non ! » Sans oublier : « Si ton œil, tes mains, tes pieds, etc…. sont scandales, arrachent-les… » Rien que pour cela, je dis Merci à François Ozon pour avoir mis en lumière l’association La parole libérée. <br /> <br /> C’est tout le mal que je souhaite à l’Eglise d’aujourd’hui, une Parole libérée. Car, normalement, l’Histoire peut le montrer et le montrera encore, l’Eglise, Parole du Christ, est le lieu privilégié de la Parole libérée, pourvu qu’elle annonce ce pourquoi elle existe : Jésus Christ, Fils de Dieu Sauveur. Ainsi soit-il ! Père Gabriel<br /> <br /> PS : J’invite aussi les lecteurs à aller voir sur youtube l’excellente analyse de l’Archevêque de Strasbourg Mgr Ravel sur le Film de François Ozon (article paru dans La Croix du 20 Février), et aussi la recension du Pape Benoît XVI sur les causes profondes de la crise que traverse l’Eglise, sur le lien suivant  de mon excellent confrère l’abbé Hubert Lelièvre : https://www.evangelium-vitae.org/actualite/3409/quand-benoit-xvi-analyse-les-fondements-idologiques-de-la-crise-que-nous-traversons.htm
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