Grace à Dieu
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film de François Ozon
L’actualité cinématographique semble pour cette semaine être accaparée par le film de François Ozon.
Le scénario. « Grace à Dieu » retrace la création de l’association « La parole libérée » crée par les victimes du père Bernard Preynat. Celui ci est a en effet reconnu avoir abusé sexuellement de plusieurs dizaines de jeunes garçons au sein du scoutisme dans les années 1970-80. Nous suivrons donc durant 2h17 les parcours de trois personnages ou témoins principaux : Alexandre (Melville Poupaud), François (Denis Ménochet) et Pierre Emmanuel (Swann Arlaud). Chacun de ces trois hommes a un parcours particulier que le film détaille en nous les montrant dans la diversité de leur environnement conjugal et familial. Tous trois sont profondément blessés par ce qu’ils ont subit.
La question de fond. Tout d'abord, l'abus sexuel sur mineurs, qui plus est venant d'un prêtre, est pour nous un fait particulièrement odieux. Jusqu'à un passé proche, les adultes n'avaient pas pris toute la mesure de la gravité de ces fautes et des séquelles durables dont souffraient les victimes. Notre époque ambivalente a ici le mérite de l'intransigeance, en voulant faire toute la lumière et juger les auteurs. Néanmoins, le tambour médiatique ne stigmatise les coupables que lorsqu'ils s'agit de l'Eglise. Alors que ces crimes sont tout aussi atroces venant du milieu familial (plus de 80% des cas) ou de personnes ayant un rôle éducatif (écoles, mouvement de jeunes ou toute confession religieuse).
Le film. Revenons à "Grâce à Dieu". Le film était assigné en référé par l’un des avocats du père Preynat pour avoir rompu la présomption d’innocence et par celui de Mme Régine Maire, montrée dans le film sous son vrai nom pour atteinte à la vie privée. Suspense ? De courte durée à dire vrai puisqu’il a bien été programmé ce 20 février. Après, notons-le, de nombreuses avant première publiques, en France. Et après avoir reçu le prix du jury lors du 69e festival de Berlin.
Ce film s’inscrit donc dans un contexte particulier dont on comprend vite que les enjeux ne sont pas que cinématographiques. Partons, si vous le voulez bien des propos de François Ozon lui-même : « Je ne fais pas un film militant, j’essaie de montrer la complexité des sentiments ». La seconde partie de la déclaration de François Ozon est juste : il nous montre la complexité des sentiments. En y incluant,, à juste titre, tout le réseau des relations amicales, familiales, les rivalités, les regrets douloureux des parents, ou au contraire la négation du mal subit pour certains. Mais le film n’est pas que le portrait de ces hommes abusés dans leur enfance. Toute l’ambiguïté est annoncée sur l’écran noir en début de séance : « Ce film est une fiction basée sur des faits réels »
En effet, le film est aussi un film militant : on ne met pas en scène des faits en cours d’instruction, donc non encore jugés, sans leur donner une coloration particulière et partisane et surtout on ne donne pas chair impunément à des personnes vivantes de façon totalement neutre. Parce que précisément tout l’enjeu du cinéma est là. Une des victimes Alexandre Hezez le revendique d’ailleurs au cours d’une interview : « je crois au pouvoir de la fiction pour faire bouger la société ». Avec son film, François Ozon veut s’attaquer à la toute puissance supposée de l’Eglise. Le langage cinématographique sert cet aspect ne serait ce que dans la séquence d’ouverture ou l’on peut voir un prélat de dos hisser le saint sacrement au dessus d’un balcon qui surplombe la ville de Lyon illustrant ainsi cette « toute puissance ». Les images ne sont pas neutres, sinon ce serait la fin du cinéma !
D’autre part, François Mathouret qui prête ses traits au Cardinal Barbarin, nous transmet une image bien terne, nous montrant un homme dépassé et comme un peu absent. Comment restituer les dialogues avec justesse ? Qui a dit quoi ? Nous montrer Mgr Barbarin dubitatif en charentaises et pyjama dans sa chambre est ce bien utile ? Régine Maire qui reçoit Alexandre et le père Preynat et qui conclue ce douloureux face à face par un notre père main dans la main....fiction ou réalité ?
Militant et partisan quitte à enchaîner les affirmations. A plusieurs reprises est évoquée une omerta volontaire de l’Eglise sur les actes pédophiles du clergé : « ils sont puissants » dit un des personnages. « Si vous voulez la tête de Barbarin, vous pouvez toujours courir » prévient l’avocate de l’association La Parole Libérée.
Le thème du pardon est perverti par les propos de la femme d’une des victimes: « si tu lui pardonnes tu deviens son prisonnier ». Alors que le pardon est le fondement de la paix en rompant avec la spirale infernale de la violence !
Concluons, en posant que l’affirmation de François Ozon : « je ne fais pas un film militant, j’essaie de montrer la complexité des sentiments » est en partie vraie et en partie fausse !





