Les filles du soleil ***
Film de Eva Husson
la critique d'Annie
Nous sommes au Kurdistan Irakien, on y parle kurde, arabe, farsi, anglais et aussi français. La jeune Bahar (Golshifteh Farahani) commande un bataillon " les filles du soleil". Leur but libérer la ville qui est aux mains de Daesh avec l'espoir pour Bahar d'y retrouver son jeune fils. Une journaliste française, Mathilde (Emmanuelle Bercot) reporter de guerre vient couvrir l'événement.
Revenons un instant sur le fond historique du film qui débute en Août 2014 dans les montagnes du Sinjar au Nord de l'Irak. Daech déferle sur la minorité Yézidie, tuant les hommes et réduisant les femmes et les filles y compris de jeunes enfants en esclaves sexuelles. Durant 15 mois jusqu'à la reprise de Mossoul puis la chute de Raqa, ces femmes aux mains des Islamistes vont connaître l'horreur.
C'est dans ce contexte que Eva Husson a bâti son film.
Film de guerre au féminin ? Elle a construit le personnage de Bahar en rencontrant au Kurdistan des femmes combattantes. Elle est allée sur le front et dans les camps de réfugiée pour recueillir leur témoignage. Il y a ainsi dans ce film un ton grave et tendu puisque nous suivons les combats au côté de ce bataillon de femmes courageuses.
La présence de Mathilde à leur côté en tant que reporter ajoute à la véracité des situations, et de la tension dramatique. C'est aussi, pour nous spectateurs la possibilité d'entrer dans la vie de Bahar, qui a fait ses études de droit en France, à travers le récit de sa vie d'avant qu'elle partage à Mathilde. Les séquences évoquant son passé sont dures, sa captivité, son enfermement, une détention déshumanisante. Il n'y a aucune complaisance dans cette partie du film, même si les situations évoquées sont terribles.
Reprenons les propos de la réalisatrice, Eva Husson livre son approche : « Deux choses me posaient problème cinématographiquement. Tout d’abord, les violences faites aux femmes au cinéma sont souvent proches du voyeurisme. Je voulais déconstruire cette violence, raconter que pour ces femmes elle est un jalon, certes traumatique, mais néanmoins un jalon dans une histoire beaucoup plus ample. Les femmes ne sont pas définies par la violence qu'elles subissent. Ensuite, concernant la rhétorique des djihadistes : je ne voulais pas servir d'instrument de propagande. J'avais une scène où un enfant exécutait un otage. Je me suis dit que j'étais en train de tomber dans leur piège, je ne l'ai pas utilisé. »
En tant que spectateur on ne peut qu'apprécier cette exigence de ne pas montrer au cinéma ce qui avilit une personne, tout en faisant très bien comprendre l'horreur subie. Cette règle éthique fondamentale est trop souvent bafouée par un cinéma racoleur et dégradé.
Revenons à ces filles du soleil. La construction d'Eva Husson nous permet de suivre ces combattantes et d'entrer aussi dans leur intimité. Ces femmes restent curieusement très féminines, elles se coiffent, rient, chantent, prennent soin les unes des autres et partent au combat avec une foi ferme et sans hésitation, menée par leur cheffe Bahar. Mathilde à la fin du film dira que cette rencontre avec Bahar et ses femmes lui ont rendu « une fragilité que j'avais perdue ».
En effet, ce film de guerre n'en est pas un. Je veux dire par là que le propos du film n'est pas de nous montrer des femmes au combat, mais de nous faire partager, de nous faire épouser ces vies courageuses qui à travers leur féminité justement luttent de toute leur force contre la barbarie. Par ce qu'elles donnent la vie et en connaissent toute la beauté. La fragilité dont parle Mathilde, est perceptible dans la façon dont la réalisatrice agence les séquences. La scène où Bahar et ses compagnes parviennent à s'enfuir, alors que l'une d'entre elles est sur le point d'accoucher est à cet égard révélatrice de cet accueil inconditionnel de la vie.
Pour conclure, les filles du soleil, est un film très bien monté Avec des images de paysages somptueux. Bien interprété, dans une distribution des rôles crédibles. Et si le propos du film est grave, il s'inscrit dans la lignée d'un cinéma qui rend compte de la complexité humaine et qui le fait avec talent.
Pour Adultes et grands ado.
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