Yomeddine****
Film de Abu Bakr Shawky (Egypte)
Beshay (Rady Gamal) est un lépreux aujourd’hui guéri. Il habite la léproserie d’Abou Zabaal, dans le désert, près du Caire. Son père l’a abandonné dans cette léproserie il y a trente ans. Après le décès de sa femme, il décide de retrouver ses racines et sa famille. Accompagné d’un jeune orphelin nubien « Obama », il va entreprendre ce voyage improbable vers Quena sur le Nil à deux cents km au sud.
Abu Bakr Shawky est un réalisateur égyptien de trente deux ans. Il signe ici son premier long métrage. Présenté en compétition au festival de Cannes 2018, le film fut plutôt critiqué par la presse bobo-intello (le Monde, Nouvel Obs, Télérama, Libé ou les Inrocks), qui stigmatisait un film bourré de bons sentiments et techniquement imparfait. Tout faux !
"Yomeddine" est un régal et un monument d’humanité. Le réalisateur a rencontré ses deux acteurs sur le terrain, Rady Gamal lui même lépreux guéri, à Abou Zabaal et le petit Obama (Ahmed Abdelhafiz) est un jeune Nubien de dix ans originaire d’Assouan, fils d’un gardien d’immeuble du Caire.
Ce « road movie » d’un genre particulier, s’appuie sur un scénario efficace qui dirige bien l’action pittoresque des deux compères. Pendant les 1h37 du film on ne s’ennuie pas une seconde. C’est bien mené et les situations inattendues se succèdent. Nos deux acteurs font merveille. Rady Gamal, lui même lépreux est impressionnant de bonne humeur et de sens pratique, quant à « Obama » il est extra, plein d’énergie et d’intelligence.
Yomeddine est un fantastique leçon de vie. Ceux qui n’ont plus rien, ceux dont le corps est ainsi diminué, respirent une joie de vivre, une bonne humeur impressionnante. La solidarité qui les unie est revigorante, par exemple, lorsque le cul de jatte, après les avoir chassé de « son secteur » les emmène sur sa moto partager son repas entre amis (un nain et un semi-paralysé).
Les critiques négatives d’une certaine presse, stigmatisent une vison opposée à la morale du « vivre ensemble », ou les exclus ne se retrouvent bien… qu’entre eux. C’est à mon avis une vision réductrice et idéologique. Le propos du film, nous amène au contraire à une ouverture vers celui qui est différent, et nous interpelle sur notre propre rapport au bonheur. L’intention du réalisateur va d’ailleurs dans ce sens avec le titre donné à son film. Yomeddine signifie "le jour du jugement dernier". « Rien d’apocalyptique, ce jour-là, dira Shawky lors de la conférence de presse suivant la projection, tout le monde sera jugé, oui, mais tout le monde sera à nouveau l’égal de son prochain ».
A voir et à faire voir !








