Téhéran tabou***
Film de Ali Soozandeh 2017. Article vu 75 fois
Nous suivons les destins croisés de trois femmes et un homme dans la société iranienne actuelle. Le propos est très dur : une dictature hypocrite et schizophrène, où la loi islamique enferme les hommes, comme les femmes dans une véritable « prison à ciel ouvert ». Nos quatre personnages, Sara, Babak, Donya et Pan essayent de « faire avec » voire de s’échapper de cette emprise étouffante. Le propos est radical : cet Iran mis en image n’a rien à envier au nazisme ou au pires moments de l’oppression communiste.
Et là aussi le constat est édifiant : les seuls à pouvoir en sortir sont les tricheurs et les combinards : ceux qui se soumettent et appliquent la loi civile ou religieuse n’ont aucune chance… C’est terrible.
Compte tenu du sujet, filmer à Téhéran était inenvisageable à cause de la censure. Ali Soozandeh, a choisi le procédé de la "rotoscopie". C’est une technique cinématographique qui consiste à transformer des séquences filmées en dessins (genre BD). Cette technique permet de replacer les personnages dans un autre décor. C’est ce qui est fait pour « Téhéran tabou » le film tourné hors d’Iran est au montage réimplanté dans les décors naturels de Téhéran
La critique d'Annie :
Différents aspects du film sont intéressants :
Pour la forme, l’utilisation de la rotoscopie sert l’histoire de ces personnages tous liés les uns aux autres, et il permet une sorte de mise à distance qui donne curieusement une crédibilité au scénario : Les techniques cinématographiques (plongée, contre plongée, plans rapprochés) sont celles d’un film, et par exemple les vues de Téhéran de nuit sont magiques.
Il met aussi à distance les scènes de sexe, elles sont nombreuses, qui seraient complaisantes sans cela.
La dénonciation de ce régime corrompu et hypocrite qui broie les personnes dans leurs relations, qui fausse les rapports homme/femme, même au sein du couple, prend de la hauteur par la manière dont le réalisateur utilise cette technique.
Et puis les personnages, certains sont dans la réalité et font ce qu’ils peuvent pour survivre, comme la femme prostituée, maman aimante par ailleurs. La jeune femme Sara, prisonnière d’une belle famille envahissante, Babak, le jeune musicien…..
D’autres ont une portée plus symbolique comme Elias, l’enfant muet, très présent qui pose sur ce monde son regard innocent qui n’est pas atteint par le mal ni la corruption, qui sait regarder ailleurs quand sa mère donne ses rendez-vous, dans des lieux les plus divers.
Et puis enfin, Téhéran : je le disais les vues de la ville sont magnifiques. Mais il y a aussi, les trafics de drogue, les pendaisons, le tribunal islamique, l’enfermement des habitants.









