Faute d'amour ****
Film d’Andreï Zviaguintsev
C’est le troisième film de ce réalisateur russe que je vois, après Eléna en 2011 puis Léviathan en 2014.
J’y retrouve une atmosphère particulière en gris, bleu et cette maîtrise cinématographique parfaite esthétiquement où les images disent autre chose que ce qu’elles montrent : ainsi quand l’institutrice d’Aliocha revient dans la classe, après l’interrogatoire de son camarade, la caméra quitte cette jeune femme pour nous laisser contempler, en plan fixe, la fenêtre et le paysage gris où la neige commence à tomber, et c’est pour le spectateur l’angoissante question qui surgit : « Où est Aliocha, comment va-t-il s’en sortir s’il commence à neiger ? »
Andreï Zviaguintsev nous rend compte du tourment de ses personnages :
Boris et Génia, (Boris Rozin et Maryana Spivak), qui se déchirent dans une lutte sans espoir.
Nous sommes dans la société aisée, ils ont tous les deux un travail, un grand appartement, une voiture et les I phones fonctionnent très bien. Chacun d’eux a « refait sa vie ». Lui, avec une jeune femme, Macha, enceinte. Elle avec un homme attentif, visiblement aisé. Ils se déchirent donc, sans prêter attention à Aliocha, leur fils de 12 ans broyé par le chagrin et qui sanglote en silence derrière les portes.
Alors, faute d’amour Aliocha disparaît.
Et nous allons suivre les démarches de ce couple pour tenter de le retrouver…dans des endroits étranges, un immeuble désaffecté, abandonné dans la forêt toute proche. Ou bien peut-être est-il chez sa grand mère maternelle …qui n’a rien de maternel justement, barricadée dans sa maison et qui parle en hurlant, « une méchante garce solitaire », ainsi est elle qualifiée par sa fille, la mère d’Aliocha.
A travers la quête d’Aliocha, c’est l’errance douloureuse de ce couple que plus rien ne peut apaiser, que nous suivons sous la caméra implacable de Zviaguintsev : l’effondrement de ce couple est-il aussi celui de la Russie ?
En tout cas, nous découvrons quelques aspects qui soulignent la rupture des liens interpersonnels : Une police débordée par la délinquance croissante, les discours alarmistes sur la fin du monde diffusés à la radio, ou ceux relatant les faits de corruption….La course au bonheur matériel, et cette quête de sécurité affective qui permettra enfin d’accéder à la paix intérieure.
Face à ces adultes pétris d’égoïsme, les bénévoles du GRED, Groupe de Recherche des Enfants Disparus, se montrent attentifs, à l’écoute et font leur possible pour retrouver Aliocha.
Le film commence en octobre 2012 et se clôt en février 2015, sur Boris et Génia devant les télévisions qui relatent la guerre en Crimée….ce qui d’ailleurs les laisse indifférents…leurs failles respectives les marquant à jamais ?
Un très beau film. A réserver aux adultes.
Annie de Butler. 23 octobre 2017






