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Publié par Frédéric de Butler

De l'ombre à la lumière...

L'entreprise est de plus en plus présente au cinéma, que ce soit comme toile de fond ou comme thème central. Mes 20 ans d'expérience au Centre d'Etudes des Entreprises, m'ont amené à côtoyer de nombreuses entreprises qui savaient placer l'homme au centre. Il est difficile d'en trouver la trace au cinéma ; on bascule vite dans la caricature. Cherchera-t-on encore longtemps "la pierre philosophale" qui offrirait une quintessence de l'entreprise à visage humain. En attendant, voici la suite de l'itinéraire libre autour de quelques films, du décalage à la farce, de l'ombre à la lumière...

De la farce au décalage

Potiche de François Ozon (2010)

Ici, on est dans une usine de province, entre train-train quotidien, souci de la clientèle et confrontations sociales. A la suite d'un problème de santé, le patron doit s'arrêter et… c'est madame, jusqu'ici cantonnée au rôle de "potiche" qui prend les manettes. Ce film, tiré d'une pièce de boulevard, offre un portrait-cliché  binaire de la direction d'entreprise, l'homme (menteur, manipulateur, égocentrique, cassant,  obsédé sexuel, feignant, cupide) et la femme (empathique, prudente, consensuelle, débonnaire, directe et entreprenante). Plus c'est gros; plus ça passe !

 

Le DirektØr de Lars Von Trier (2007)

A la création de son entreprise, au Danemark, Ravn se fait passer pour un salarié auprès des futurs embauchés. Il agirait sous les ordres du Grand Patron qui est aux USA. Bien sur, celui-ci n'existe pas et cette escroquerie intellectuelle lui permet de conserver des relations très positives avec les employés ; en permanence il est celui qui amortit les décisions, console et encourage. La vente prochaine de l'entreprise ne peut se faire sans le Grand Patron. Ravn va alors embaucher un comédien pour le rôle de sa vie.  Ce dernier va essuyer les nombreuses rancœurs accumulées, jusqu'à ce qu'il découvre que Ravn est en train de trahir tout son staff. A travers cette fantaisie, de nombreux travers de la vie d'entreprise sont croqués : humiliations, jeux de séductions, mensonges et trahisons, jusqu'à cette illustration de la théorie de René Girard[1] sur l'emballement mimétique de la violence. C'est lorsqu'elle atteint son paroxysme qu'il ne reste pas d'autre issue que de désigner un bouc émissaire (ici imaginaire) pour que la violence retombe et que le persécuteur d'hier devienne le sauveur.

[1] Des choses cachées depuis la fondation du monde, 1978.

Zoom sur l'entreprise au cinéma (2)

L'ombre et la lumière 

 

De bon matin (***), de Jean-Marc Moutout (2011)

Ce matin là,  Paul, cadre commercial à la BICF (Banque) se rend à son travail et abat à bout portant son patron de deux balles de revolver. 
Univers de la banque, la crise des subprimes à peine surmontée, nous somme plongés au fond du gouffre. Le propos est bien mené, la première demi-heure en mode thriller nous tient en haleine.

Et puis les flash-back s'éternisent, se suivent sans nourrir véritablement l'intrigue. Lorsque "le rideau sur l'écran est tombé", après 1h30, on a l'impression d'avoir passé plus de 2h ; on se dit "ouf", c'est fini !

Côté acteurs, Jean-Pierre Daroussin signe ici une remarquable interprétation. On l'attendait dans le rôle du « looser » aux épaules tombantes et à la démarche automatique ; il se révèle aussi très convaincant, lors des retour en arrière, dans la peau du commercial senior, mûr de son expérience et de son métier.  
Côté entreprise, on est dans la caricature, du début à la fin. Patrons voyous aux belles phrases conviviales et entreprise perverse et manipulatrice n'ayant que la réussite financière comme moteur et comme référence. Heureusement, de nombreuses entreprise sont loin de correspondre à cet apriori idéologique.

 

Ma part du gâteau, de Cédric Klapisch (2011)

Deux mondes s'affrontent, la spéculation financière (Steve, un trader sans scrupule qui ruine une entreprise d'une touche de son clavier) et le peuple des obscurs et des sans grades qui en subissent les conséquences (France et les siens, salariés d'une usine sinistrée de Dunkerque). La aussi la description est très binaire.

France est très ouverte aux autres, elle reçoit plein d'enfants chez elle, elle a le cœur sur la main. Steve est un type odieux, égoïste qui vit à 100 à l'heure.  Il est pourtant lucide sur lui : "quand je regarde derrière moi il n' y a rien". 

Quelques propos de France éclairent le film comme des fleurs sur l'ordure ; "Tout votre argent comparé à votre fils, cela ne vaut rien ; votre fils c'est ce qu'il y a de plus cher, c'est pour cela qu'on est sur la terre". 

 

Trois huit de Philippe le Gay (2001).

Une usine de production de bouteille. De la belle industrie avec ses machines, ses couleurs (les bouteilles incandescentes tout juste moulées), ses équipes postées, d'ou le film tire son nom. Une description fidèle qui se limite à la toile de fond. Par contre la vie d'équipe, ici le poste de nuit, avec son climat de rude camaraderie, souvent dur est bien évoquée. L'ensemble est très bien joué, les personnages très vrais et très humains. L'intrigue qui évoque de façon crue et parfois insoutenable la relation ambiguë du dominant/dominé, du fort et du faible (ce dernier n'étant pas celui que l'on croit) se dénoue de façon inattendue. Et c'est la bienveillance, la patience, le courage et la fidélité qui l'emportent.

 

Riens du tout de Cédric Klapish (1992)

Aux Grandes Galeries, cela ne va plus du tout. La clientèle diminue. Les actionnaires menacent de vendre et de licencier tout le personnel. Un  nouveau directeur, LePetit, entreprend de réformer de fond en comble l'entreprise en se basant sur le facteur humain. Toutes les modes "managériales" des années 90 y passent : média-training, séminaires, grand messe, jusqu'au stage "outdoor" avec saut à l'élastique. Le directeur se positionne vite dans un rôle un peu insolite de consultant gourou. Le trait est volontiers forcé, certains jouent le jeu à fond, d'autres sont sceptiques, les autres restent rebelles. Cela semble prendre, mais rapidement les dessous du jeu apparaissent et de profondes frustrations se révèlent, semblant plus liées aux individus eux-mêmes qu'à la politique menée. Finalement les choses vont s'améliorer et les résultats auront doublé jusqu'au dénouement aussi dramatique qu'inattendu.

Réformer en se basant sur les hommes, l'idée est sympathique, assez bien racontée sans mièvrerie, même si les personnages très stéréotypés restent assez superficiels.

Zoom sur l'entreprise au cinéma (2)

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