Blue Jasmine ****
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très bon dernier film de Woody Allen
Jasmine (ou Jeannette de son vrai nom), ruinée à la suite de la faillite de son mari, quitte New York. Désemparée et choquée elle est accueillie par sa sœur Ginger à San Francisco. Tout oppose ces deux femmes, Jasmine, grande blonde riche et raffinée et Ginger, petite brune gouailleuse et ordinaire.
Ce dernier avatar de la Comédie selon Woody Allen est une parfaite réussite. Cate Blanchett est une Jasmine étonnante de vérité. Le reste de la distribution est de la même veine, notamment Sally Hawkins (Ginger). Très enlevé, écrit, bien réalisé, l'ensemble est un régal. Les rebondissements se succèdent mais l'humour reste toujours présent.
C'est aussi un film de contrastes et de paradoxes permanents : Jasmine, qui a tout reçu ira d'échecs en échecs ; Ginger, laissée pour compte par sa mère adoptive, tirera son épingle du jeu. Ce rythme dialectique structure l'action jusqu'à l'issue dramatique du scénario : alors que Ginger est en train de tout perdre et Jasmine de rebondir avec une facilité déconcertante, l'intrigue bascule à nouveau.
Mais pourquoi Jasmine qui a tant reçu échoue alors que Ginger réussit ? La réponse est simple, l'une est incapable de donner et l'autre a le cœur sur la main. Si Jasmine est à ce point centrée sur elle-même c'est paradoxalement qu'elle a trop reçu. Choyée et adulée depuis son plus jeune âge, elle a véritablement été intoxiquée, droguée par une surdose de "signes de reconnaissances". Ce "pain psychologique" indispensable à tout être humain, est chez elle une vieille addiction. Elle est donc en manque permanent et toute sa vie est une quête inconsciente qui la ferme à toute autre réalité. Tout est bon pour parvenir à retenir l'attention d'autrui, déni des infidélités de son mari et de sa situation financière, achats compulsifs de luxe, méchanceté envers l'entourage, mensonges et mythomanie avec sa dernière liaison.
A côté, Ginger illustre un parfait exemple d'une résilience qui s'appuie sur des défenses et des réflexes vitaux très tôt développés dans sa misère. Côté décor, c'est aussi la rencontre de deux mondes, celui de l'argent et du mensonge qui vampirisent tout, et celui des humbles qui se font berner à cause de leur simplicité et de leur confiance aveugle. La parabole "le riche et Lazare" de l'Evangile de St Luc de ce dimanche 29 septembre trouve ici un écho inattendu.
On peut noter aussi une belle maîtrise de la photo et des cadrages qui soulignent efficacement la narration : plan resserré dans le petit appartement de Ginger, grand angle dans les maisons somptueuses de Jasmine…
Et Woody Allen ? Son absence du casting est plutôt une réussite, le maître se retire du premier plan. On le sent néanmoins omniprésent, on l'entend parler à travers ses personnages. On retrouve son humour si particulier et sa bande musicale fétiche de vieux airs de jazz.
A voir en VO, of course !
Frédéric de Butler 29 septembre 2013


