La passion de Dodin Bouffant
Film de Tran Anh Hung, Article vu 134 fois
Prix de la mise en scène Cannes 2023, représentera la France pour les Oscars en 2024
La critique d’Annie
Je vais devoir vous mettre « l’eau à la bouche » selon l’expression consacrée. Donc agitons nos papilles :
C’est en 1924 que Marcel Rouff fait paraitre son roman « La vie et la passion de Dodin Bouffant, gourmet ».
Le réalisateur Tran Anh Hung, adapte librement le livre, et donne à Eugénie (Juliette Binoche) la cuisinière de Dodin (Benoit Magimel) , une place essentielle. Il précise : « Un artiste de la gastronomie est celui qui a la capacité de distinguer des saveurs que nous ne savons pas distinguer aussi bien, et cette capacité de savoir mélanger, doser, équilibrer les goûts, les parfums, les textures, les consistances, la température... »
Vol au vent, Carré de veau, Poêlée Choisy, Ortolans, sans oublier le Clos Vougeot ou le Chambolle-Musigny : le vin étant « la partie intellectuelle d’un repas », comme chacun sait.
Toute cette alchimie va faire frétiller notre odorat, nos yeux, mais aussi nos oreilles, puisque les bruits de la cuisine ou du jardin sont les accompagnements sonores de ce beau film.
Sur la mise en scène, le réalisateur confie : « La mise en scène est le cœur de l’art cinématographique. Au delà de l’histoire, offrir au sectateur un élan cinématographique et de lui offrir un film avec une belle musicalité »
Ce propos se révèle tout à fait exact : j’ai été séduite par ce film, aux couleurs chatoyantes, à la lumière distillée sur les objets, les visages. La caméra de Tran Anh Hung très respectueuse, s’attache à saisir les émotions. Pauline (Bonnie Chagneau-Ravoire), prête ses regards de jeune apprentie cuisinière, aux merveilles élaborées par Eugénie, et la caméra capte son émerveillement avec une grande attention.
Ce film « la passion de Dodin Bouffant » nous donne à réfléchir à cet art culinaire nécessitant « de la culture et de la mémoire » comme l’affirme Dodin.
Si le scénario du film s’articule sur la préparation des festins, c’est à travers cet exercice de haute voltige qu’il est aussi question d’amitié, et du le lien entre Eugénie et Dodin. Un lien puissant tissé à partir de leur complicité en cuisine. C’est un aspect sur lequel le réalisateur précise son approche : « C’est merveilleux de voir des gens de cet âge, à l’automne de leur vie , comme le dit Dodin, aimer la vie d’une manière que je qualifierai de très à la française. Ils ne sont pas dans une forme de romantisme, ils ne sont pas non plus dans une passion exacerbée, mais dans quelque chose de l’ordre de la mesure ; dans une relation mesurée avec le monde et la nature. J’aime beaucoup cette forme de douceur et de mesure qu’on trouve dans l’art et l’esprit français. En ce sens, je pense que mon film est extrêmement français. »
Ajoutons que le réalisateur s’est fort bien entouré pour la direction gastronomique de… Pierre Gagnaire.
Pour certains la durée (2h15) peut elle être rébarbative, et de fait je me suis fait la réflexion en cours de projection, mais si bien installée dans cette chaleureuse cuisine, bercée par les arômes puissants des plats, j’ai finalement opté pour… la sérénité !
Tout est donc réuni pour faire de ce film, un délice que je recommande vivement.
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