L’abbé Pierre, une vie de combat
Film de Frédéric Tellier (2023) 2h20 Article vu 114 fois
La critique d’Annie
Une réalisation sérieuse et exigeante, autour de la personnalité complexe de l’abbé Pierre (Benjamin Lavernhe), qui s’appuie sur les documents nombreux du fonds d’archives de Roubaix, sur les entretiens avec celles et ceux qui ont connu l’Abbé, et le soutien de la fondation Abbé Pierre.
Le film met en lumière aussi la personne de Lucie Coutaz très justement interprétée par Emmanuelle Bercot. Son beau compagnonnage fraternel avec l’abbé Pierre montre combien son rôle a été important durant presque 40 ans à ses côtés, jusqu’à sa mort en 1982.
Enfin Benjamin Lavernhe est vraiment remarquable dans ce rôle titre et dans les métamorphoses physiques imposées par le vieillissement progressif de son personnage.
Reprenons, le film s’ouvre sur une belle séquence de l’abbé Pierre au soir de sa vie qui se pose la question : (que nous pouvons tous nous poser) « Est-ce que je laisse un monde meilleur ? »
A partir de là, le scénario avance de façon chronologique. Nous allons donc suivre cette vie depuis le moment, en 1937, où le jeune frère, Henri Groues, quitte les Capucins, (entré en 1931) car la rigueur de la règle et sa santé ne font pas bon ménage.
« Je voulais être un saint » confie –t-il à François son ami des années du scoutisme. Le réalisateur, fera de ce personnage, une ombre fidèle que nous croiserons à différents moments du film.
La guerre, puis le maquis, la libération, le rôle politique de l’abbé jusqu’à la création d’Emmaüs en 1949 et la présence attentive du jeune prêtre auprès des pauvres sont évoqués avec force.
L’intérêt du film réside bien là, dans ce balayage d’une vie intense, tout en laissant la place aux rôles dits secondaires. On comprend l’importance de celles et ceux qui ont travaillé aux côtés de l’Abbé et leurs rapports. J’ai souligné celui de Lucie Coutaz, mais il faut mentionner aussi Georges Legay, ancien bagnard qui à l’idée d’aller récupérer dans les décharges les objets qui retapés, pourront être revendus. Là encore un personnage important à qui le comédien Michel Vuillermoz donne une réelle épaisseur.
En 2005, dans une lettre à Benoit XVI , l’Abbé Pierre dit la nécessité d’ordonner des hommes mariés. On aurait tort pourtant de l’enfermer dans une posture , ce que ne fait pas le film d’ailleurs. Dans cette fameuse lettre qu’il faut lire jusqu’au bout il termine par ce post scriptum : 1. Sans le célibat je n’aurais pas pu faire ce que j’ai fait. 2. Sans les Mystères de la foi je n’aurais pas pu faire ce que j’ai fait. 3. Dans l’espérance du « Délivrez nous du mal »
Des réserves ? L’évocation brève et discrète d’un rapport charnel juste avant de partir pour le front, où il est sous officier. Et une séquence où il donne à un prisonnier torturé une capsule de cyanure. Et j’ai parfois trouvé, que la musique était trop insistante.
La longueur du fil n’est pas pesante, et le scénario habile relance les scènes d’action avec un bon rythme.
« L’Abbé Pierre, une vie de combat » l’intitulé du film sonne juste : entre les puissants qu’il croise, hommes d’état ou star comme Chaplin en 1954, et son attachement à une pauvreté vécue et revendiquée, l’Abbé Pierre est une figure militante, parfois clivante mais qui est toujours resté attaché profondément aux plus démunis. Au service du Christ, il a servi les plus pauvres. Son rôle social est indéniable.
Un dernier point, son Totem chez les scouts ? « Castor méditatif » tout est dit !
/image%2F0490460%2F20231115%2Fob_0fc563_abe-p.jpeg)