Un autre monde***
Film de Stéphane Brizé (2022). Article vu 108 fois
Un cadre d'entreprise, sa femme, sa famille, au moment où les choix professionnels de l'un font basculer la vie de tous. Philippe Lemesle et sa femme se séparent, un amour abimé par la pression du travail. Cadre performant dans un groupe industriel, Philippe ne sait plus répondre aux injonctions incohérentes de sa direction. On le voulait hier dirigeant, on le veut aujourd'hui exécutant. Il est à l'instant où il lui faut décider du sens de sa vie.
A la différence du premier film de la série, « La loi du marché » qui était très décevant, le film est remarquablement bien fait, scenario bien mené, excellents acteurs. On s’y croirait.
« Un autre monde » garde aussi le côté très brutal et binaire de Stéphane Brizé, les bons d’un coté (Les employés jusqu’au directeurs), les méchants de l’autre (Les vilains actionnaires américains qui ne pensent qu’au profit). J’ai eu la chance dans toute ma carrière de consultant d’avoir travaillé avec des entreprises saines ou la logique collective est de « servir » le client. La dimension « profit » étant une des composantes du projet, mais ce n’est pas la matrice absolue comme dans le film avec la classique dialectique de classes.
La critique d’Annie
Stéphane Brizé est un réalisateur qui s’attache selon ses films, à décrire le monde de l’entreprise ou celui plus intime, du choix personnel devant une situation déstabilisante.
« En guerre » en 2018 et « la loi du marché en 2014 » appartiennent au premier registre. « Quelques heures au printemps » (2011) ou « Mademoiselle Chambon » (2009) au second. Le point commun de ces 4 films est qu’on y retrouve Vincent Lindon d’ailleurs avec Sandrine Kiberlain pour Melle Chambon.
Ici dans « un autre monde » je trouve que Stéphane Brizé mêle les deux registres. Avec brio.
Brio, oui par la qualité de jeu des comédiens. Ils se laissent cerner par la caméra du réalisateur ce qui nous les rend tr ès proches. Par exemple, la scène ou Philippe Lemesle comprend que son fils Lucas, c’est Antony Bajon, replonge dans un délire psychique à travers un récit qu’il croit cohérent est bouleversante. C’est tout l’art de la mise en scène qui nous rend visible l’effroi de ce père.
Stéphane Brizé le précise : « la caméra se met là où elle rend compte bien plus subjectivement de la situation. Que ce soit à l'endroit de l'intime ou du professionnel. La multiplicité́ des axes dans certaines scènes traduit la sensation d'encerclement, d'enfermement du personnage. »
Le cadrage à maintes reprises isole en effet les personnages dans des plans fixes qui dévoilent leurs états internes.
Brio encore par un scénario maitrisé qui avance au rythme des échanges entre les personnages, véritables moteurs de l’action, que ce soit d’un point de vue familial ou professionnel.
On retient aussi, un regard sur le couple qui est instrumentalisé par les avocats et où mari et femme ne se retrouvent pas : « Ce n’est pas nous » dit Anne (Sandrine Kiberlain )à son mari.
Brio enfin, car la thématique profonde de ce film me semble des plus importantes : celle de la liberté intérieure. En effet à travers le parcours de Philippe Lemesle, se pose la question du discernement, de la responsabilité personnelle, de la justification des moyens utilisés en vue d’une fin. Bref de l’éthique.
Nous retrouvons alors comme prolongement au film, une réflexion sur le bien commun, et sur un management sain. La pensée sociale chrétienne donne des éléments précieux. Et je termine en faisant le lien avec la thématique remarquable des assises nationales du mouvement « Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens » qui se sont tenues au Havre du 18 au 20 mars dernier : « D’un monde à l’autre … Agir en Espérance ! »
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