Tel Aviv on fire***
Film de Sameh Zoabi réalisateur palestinien.
La critique Radio d'Annie
Derrière ce titre se cache un soap opéra, entendez une série télévisée à succès, qui enthousiasme palestiniens et israéliens : les rebondissements sentimentaux entre une espionne palestinienne et un général israélien tiennent en haleine un public largement féminin. Mais pas que. C’est un premier élément pour analyser cette comédie, l’élaboration du scénario de cette série, qui s’écrit au fur et à mesure des péripéties personnelles des comédiens. Notons que l’année où elle se déroule est 1967, en pleine guerre des 6 jours.
Second élément, le personnage de Salam, jeune palestinien plutôt maladroit, stagiaire sur le tournage de la série et qui doit chaque jour passer par le check-point entre Ramallah et Jérusalem. L’officier israélien, Assi, qui le dirige, a une épouse qui est une inconditionnelle de la fameuse série. Alors, Salam va trouver l’astuce imparable pour passer plus facilement : se faire passer pour le scénariste du soap opéra. Et dans un premier temps, le subterfuge fonctionne jusqu’à ce que Assi, décide de se mêler du scénario....
Ce film palestinien va donc entremêler l’intrigue fictive du soap opéra qui est « une affaire sérieuse au Moyen Orient » explique le réalisateur Sameh Zoabi, et la réalité socio politique si complexe du conflit israélo palestinien.
Le résultat est une savoureuse comédie, drôle pleine de rebondissements. Les personnages du soap opéra se mettent aussi à revendiquer des modifications de leur rôle, Assi quant à lui veut imposer une fin conforme à ses vues politiques. Et notre héros Salam va donc jongler avec cet imbroglio, tout en essayant de reconquérir Mariam, son amour d’enfance.
Au delà de l’humour, ou plutôt grâce à lui, la réalité de la vie ordinaire est montrée : les files d’attente au check point, l’évocation de l’échec des accords d’Oslo, l’intifada, et même le massacre de Deir Yassin de 1948. Ce film est aussi une belle réflexion sur le lien entre fiction et réalité. Salam pose la question centrale au vieux producteur de la série : « alors entre les bombes et la soumission, il n’y a rien ? »
Sameh Zoabi nous donne un élément de réponse avec cette comédie où l’humour nous amène à poser une belle réflexion sur ce conflit : « La réalité doit changer pour que la fiction soit crédible ». Et « rien ne pourra changer tant que les deux peuples ne seront pas égaux ».
« Tel Aviv on fire » est donc une comédie légère et drôle, non dénuée d’une portée politique, mais ou la bienveillance et l’humour permettent enfin la relation entre deux peuples si proches. Au sens propre....et figuré.
> Retrouvez la critique sur "Radio Fidelité" le vendredi à 18h45 : Nantes 103.8 Pornic 92.5 https://www.radiofidelite.com




