Mademoiselle de Joncquieres***
Film de Emmanuel Mouret (2018) Article vu 980 fois
La critique d'Annie :
Emmanuel Mouret est un cinéaste français qui a déjà réalisé huit films souvent centrés sur les relations amoureuses et à leurs circonvolutions.
Ici il nous donne un film élégant qui se déroule en plein XVIIIe siècle. Mais l’élégance serait-elle seulement dans les costumes portés avec désinvolture par Edouard Baer ? Ou les robes fastueuses de Cécile de France ? Ou bien encore dans les dialogues ciselés avec un vocabulaire exquis ?
Voyons cela de plus près :
Nous voici en galante compagnie avec le Marquis des Arcies (Edouard Baer) et Madame de la Pommeraye (Cécile de France). Le premier est un libertin qui collectionne les conquêtes, la seconde une veuve sage….mais tout de même troublée par une cour, certes délicate, mais néanmoins déterminée. Notre marquise succombe et l’amour éternel promis….va rapidement s’user ! Resterait-il l’amitié comme le propose notre marquis? Ce serait oublier les blessures d’orgueil. Peu à peu les raffinements du langage vont masquer l’élaboration des mensonges, des tromperies pour amener une vengeance redoutable. Cécile de France donne à son personnage le naturel et la complexité nécessaire qui nous la rend si proche. Quant à Edouard Baer, il excelle dans ce rôle de libertin manipulé, qui se voit au cours d’un diner obligé de jouer les dévots. C’est une excellente scène, à la lueur des bougies où le marquis est la proie inconsciente d’un trio de femmes qui se jouent de lui. De plus ses propos édifiants semblent parfaitement authentiques.
C’est un film très plaisant, un peu théâtral où Emmanuel Mouret a pris le temps d’écrire un scénario original à partir d’un épisode de Jacques le fataliste de Diderot. Qu’en termes galant ces choses là sont dites ! Ces choses là ? Quelles choses ? Et bien au cœur du film c’est bien la complexité des rapports homme/femme qui est exprimée.
Ainsi entre château, parcs et jardins, l’amour humain se décline sous es différents aspects. Nous voyons que la rivalité, le désir, les enjeux de pouvoir au sein des relations entre les femmes et les hommes ne mènent pas forcément au bonheur. Même si Mme de la Pommeraye tente de donner à sa vengeance une visée sociale : « si aucune âme juste ne tente de corriger les hommes, comment espérer une meilleure société » c’est une femme blessée qui dissimule ses sentiments.
Alors ? le lecteur, est en train de se poser une question. Pourquoi ce titre ? Qui est donc Mademoiselle de Jonquières (Excellente Alice Isaaz) ? Elle est le pivot de la vengeance de Madame de la Pommeraye. Elle est celle qui doit faire tomber le marquis, elle est celle, dépravée doit donner le change et se faire passer pour une sainte jeune fille…
Finalement qui manipule qui ? Qui séduit qui ? Ces questions resteront sans réponse au sein de cette chronique….allez donc voir le film d’Emmanuel Mouret.
Le point de vue de Fred
Un bon bol d'air, avec cette plongée dans un univers charmant, courtois, plein de grâce et de beauté.
En effet sur le sujet de la séduction homme/femme, notre époque "cash" est plus "trash". Par exemple avec "Balance ton Porc" on glisse immédiatement sur une pente schizophrène qui associe dans les médias stigmatisation des hommes et exhibition omniprésente des attributs féminins : "Excite ton porc et balance le". C’est nettement plus vulgaire et totalement dénué de charme.
Mademoiselle de Joncquières est effectivement un film exquis. C’est écrit (ce qui est assez rare), et on a presque l’impression que les dialogues sont en vers ! Cécile de France et Edouard Baer sont parfaits dans un scenario et des dialogues qui semblent faits pour eux.
L’intrigue de la vengeance ourdie par Madame de la Pommeraye est bien menée. La progression par étape n’est pas sans surprises…







