Fortuna**
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Fortuna, film de Germinal Roaux (2018)
Fortuna est une jeune éthiopienne de 14 ans. Elle fait partie de ces « migrants » qui ont traversé la méditerranée pour arriver en Italie et se retrouver…en Suisse en pleine montagne. Elle est hébergée avec d’autres réfugiés au sein d’un hospice créé auprès d’un monastère.
Filmé en noir et blanc, en format 4 x 3 (le format de la télé des années 60), l’ensemble est très déconcertant. Pendant une bonne demi-heure on se demande ce qu’il se passe : qui est Fortuna ? (on le devine, mais rien n’est dit). On est happé par la beauté du paysage et des plans. Le spectateur se trouve plongé dans l’univers de Fortuna, dont on ignore la langue. La montagne, la neige omniprésente, le train-train quotidien, entre ses poules, la chapelle et sa couchette sont oppressant et pratiquement incompréhensibles. Beaucoup de questions restent sans réponses. D’ou vient-elle ? Comment est-elle arrivée là ? Comment se déroule cet accueil de migrants en pleine montagne sous la neige ?
Finalement, le film avec images et interrogations communique très bien au spectateur cet univers resserré et triste au sein duquel Fortuna passe ses journées
Fortuna est accueillie avec d’autres compagnons d’infortune par une communauté monastique. Cette confrontation met à nu l’essence même de l’exigence évangélique : « ce que vous faites au plus petit... »
Le prieur de la communauté (remarquable et authentique Bruno Ganz) met les points « sur les i » et explicite le devoir chrétien : l’accueil du plus faible passe par le sacrifice de son confort voire de la spécificité de la vocation contemplative. Plusieurs sujets sensibles sont abordés, dans une honnêteté et une vérité remarquables : le paradoxe de la vocation, le refus de l’avortement, etc.
Fortuna est un film déroutant. On a beaucoup de mal à s’y retrouver entre les séquences… C’est qui ? On est où ? Ou va-t-elle ? C’est qui ce type… ? Ce côté dérangeant… dérange et pousse la sensibilité du spectateur au diapason du sort dramatique de Fortuna et des siens.
La critique de l’Express résume bien une perception possible. « Traitée avec un indéniable brio visuel, mais si stylisé qu'il place le metteur en scène, apparemment bien moins humble que ses personnages, en porte-à-faux avec son sujet ».
Frédéric de Butler 23 septembre 2018
Le point de vue d'Annie :
« Un film devrait pouvoir s’écrire dans le regard de celui qui le regarde » ces mots du réalisateur placent de fait cet avis sur un terrain très subjectif.
Ce film peut agacer ou ….bouleverser.
Agacer : Les choix artistiques de Germinal Roaux nous font entrer dans un langage cinématographique un peu décalé : le noir et blanc, un format d’image inhabituel, des plans fixes dans lesquels les personnages entrent et sortent, une bande son qui garde tous les bruits de la réalité…Un scénario qui écarte une narration linéaire avec un début et une fin. Et bien sûr le noir et blanc : « Le noir et blanc c’est ma langue, et ça l’est de plus en plus » Germinal Roaux.
Bouleverser : La présence de Kidist, jeune éthiopienne chrétienne, donne beaucoup de force au film, puisque ce n’est pas un rôle de composition, mais en partie sa véritable identité. « Elle rayonne et on la sent du côté de la vie malgré sa tristesse » toute la beauté du film est là, dans cette vie brisée, malmenée et pourtant qui fait confiance ! Les références à l’Evangile de St Jean placent aussi le film dans une dimension spirituelle : « Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient, ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit »
Alors ? Agacé, bouleversé ? Et bien allez voir Fortuna et vous le saurez ! En effet le cinéma c’est la vie et chacune et chacun l’aborde avec sa propre histoire…..

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