Phantom Thread*** (le fil caché)
Article vu 306 fois
Film de Paul Thomas Anderson (2017)
Londres 1950, quelques années après la guerre, le grand couturier Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis) et sa sœur Cyril (Lesley Manville) règnent sur le monde de la mode anglaise. Woodcock habille la famille royale, les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec son style inimitable. Les femmes sont au centre de la vie de ce créateur de génie, lui servant à la fois de clientes, d’inspiratrices et parfois de compagnes. C’est alors que l’une d’elle, la jeune et déterminée Alma (Vicky Krieps) va prendre une place de premier plan. L’univers normé et très structuré de Reynolds résistera-t-il à cette intrusion…
Le point de vue d'Annie
Amies couturières à vos patrons !...en attendant détaillons ce très beau moment de cinéma :
Le film est parfaitement maitrisé, l’action, à part quelques courses folles en voiture, est en huis clos dans la « maison ».
D’abord la maison de couture de Londres : un univers très organisé autour du travail des couturières, appliquées et silencieuses. C’est un décor étrange où se croisent les personnages dans un escalier qui les relie les uns aux autres.
Puis la maison plus mystérieuse de la campagne anglaise, où se fait plutôt l’élaboration des modèles….sans doute plus chaleureuse autour d’une cuisine qui prendra par la suite toute son importance.
Des lieux qui servent l’intrigue avec de belles lumières, et le soin apporté aux décors parfaitement ajustés permettent aux acteurs de s’y déplacer avec élégance : l’atelier, le bureau de Cyril, la chambre de Reynolds….Même le défilé des mannequins est bien sûr parfaitement sous contrôle.
Autre point particulier, ce film est construit autour de Daniel Day Lewis : immense acteur (depuis le dernier des Mohicans en 1992, c’est mon idole !)
La camera ne le quitte pratiquement pas et sert (serre ?) au plus près la palette de ses expressions. Face à lui, Vicky Krieps incarne Alma avec beaucoup de présence toute en nuances..
Le scénario creuse la psychologie des personnages avec brio, élégance et fluidité.
Ce créateur sans repos, campé par Daniel Day Lewis laisse aussi percer la fragilité profonde d’un homme enfermé dans ses rituels qui justement l’aident à tenir à distances sa peur des autres et son angoisse de la perfection qu’il s’impose. Alma (âme ?) va user d’un subterfuge curieux pour amener celui dont elle est éprise de façon inconditionnelle, à baisser la garde.
Etrange relation amoureuse et conjugale qui se nourrit en fait d’une dépendance
Et nous assistons à un suspens ou une sorte de duel… qui l’emportera finalement ?
Très belle réalisation admirablement servie par des acteurs parfaits.
La critique de Fred (à lire après avoir vu le film...)
Je vois dans Phantom thread une fable qui illustre deux aspects du syndrome de toute puissance inhérents à la nature humaine blessée : le génie créateur (Reynolds Woodcock) et l’amante possessive (Alma). Dans ces deux postures l’homme se prend pour Dieu créateur ou pour Dieu géniteur indispensable…
Reynolds est le créateur (qui se prend inconsciemment) pour Dieu et qui est considéré comme tel.Il attire toute les femmes sans les séduire car il est au dessus de cela : il les « recrée ». A Allma regrettant des attributs trop petits il dit « ce n’est pas grave ; moi je vais t’en donner ».
C’est le créatif absolu, il est dans sa création dès le matin et aucun bruit ne doit polluer la réflexion novatrice du maître.
Comme il n’est pas Dieu il ne fait pas ce métier par amour de sa créature mais pour la satisfaction inconsciente de son ego, et la résolution d’une frustration très tôt refoulée.
La jeune Alma est tentée par l’autre puissance : séduire, puis dominer Reynolds et pourquoi pas lui redonner une autre vie. Mais comment dominer celui qui semble tout puissant ? En le rendant vulnérable par la maladie....c’est ce qu’elle va faire avec une précision diabolique : suffisamment pour terrasser mais sans tuer. Et cela réussit au delà de toute espérance. Sur la fin on a presque l’impression que cette chute humanise Reynolds et qu’il prend goût à cette re-création ou il se retrouve, presque, dans la peau d’un autre.
Daniel Day Lewis est remarquable dans ce rôle taille sur mesure pour lu. A ses côtés Alma et Cyril sont très ajustées et convaincantes ; Cyril pleine de mystère et d’autorité, Alma pleine de fausse candeur et de détermination froide.













