La Prière***
Film de Cédric Kahn (2018). Article vu 259 fois
Thomas a 22 ans. On sait peu de choses de lui ; toxicomane addict à l’héroïne, il rejoint une communauté isolée dans les alpes. Tenue par d’anciens drogués, elle permet à ceux qui veulent s’en sortir un chemin de salut. Mais le celui-ci est étroit, il n’y a qu’une seule voie pour supprimer les addictions : le travail physique, la prière et le soutien des « frères ».
Durant le film de 1h47, nous suivons Thomas de son arrivée à son départ, un fois guéri. Les premières semaines sont très dures. Le manque est insupportable.
Thomas réussira-t-il à tenir ? Après avoir touché le fond, celui-ci va vivre une véritable renaissance spirituelle. Cédric Kahn et ses deux scénaristes nous décrivent de façon assez linéaire ce parcours intérieur. Petit regret, le film se termine par un coup de théâtre inattendu et un peu énigmatique.
Les points forts : Cédric Kahn est agnostique, mais la rédemption par la prière qu’il nous montre est authentique et touchante. Anthony Bajon qui interprète Thomas est remarquable d’authenticité, de présence et de subtilité. Le chemin intérieur vers la prière est très bien évoqué. Il interpelle même le spectateur. Le croyant peut y trouver une relecture de sa vie intérieure et celui qui est en recherche une source d’interrogation, voire une invitation à essayer.
Le film est sans doute inspiré de l’expérience vraie du Cenacolo, animé par Franco Gedda, 53 ans, lui-même ancien « Tox », qui poursuit avec sa femme Bernadette l’œuvre fondée en 1983 par Mère Elvira une religieuse italienne.
Les réserves : on peut voir dès la bande annonce une scène d’intimité entre Thomas et une jeune fille. La scène est montrée de façon assez crue. Il est regrettable que Cédric Kahn ai demandé à une actrice de dévoiler ainsi à l’écran sa nudité en situation érotique. Cette scène pouvait être plus discrète. La seule explication que j’ai trouvée est le parti-pris réaliste du metteur en scène, montrant dans sa nudité la prière commune, la vie de ces jeunes mais aussi cette scène intime.
Le point de vue d'Annie :
2 pistes de commentaires pour ce beau film de Cédric Khan
La première, celle de la liberté intérieure : Il me semble que c’est ce que la caméra de Cédric Khan veut capter, tout au long du film.
Beaucoup de gros plans fixes, sur les visages, les expressions, les paysages.
Dès le début, dans le car qui le conduit jusqu’à sa communauté d’accueil, Thomas tourne vers le spectateur son visage et nous fixe avec une intensité un peu hostile. Le film se construit sur ces plans qui mettent le spectateur au cœur des émotions des personnages.
Nous suivons au plus près la lente évolution de Thomas, et son regard qui s’éclaire apaisé par une liberté intérieure qui lui permettra enfin de poser des choix de vie, en confiance. Cette « simplicité » cinématographique sert très bien le scénario.
Autre piste, le retour au réel : c’est toute la « pédagogie » mise en place au sein de la communauté qui accueille Thomas. Là encore la caméra de Cédric Khan reste fixée sur ces « garçons perdus » et leurs travaux qui les occupent. Nous sommes au cœur de la communauté et cela donne de belles scènes, comme celle des témoignages données par les jeunes, là encore filmée en plan fixe. La scène d’intimité s’inscrit aussi dans cette démarche….mais c’est vraiment regrettable car elle écarte un public adolescent directement concerné par cette double approche de la liberté intérieure et du retour au réel.










