Les Rayons et les Ombres ****
Film de Xavier Giannoli (2026). Article vu 277 fois
« Les Rayons et les Ombres » évoque les destins du journaliste Jean Luchaire (1901-1946), de sa fille Corinne (1921-1950), actrice, et de son ami Otto Abetz (1903-1958), professeur de dessin devenu ambassadeur d'Allemagne à Paris en 1940. L’histoire se déroule principalement à Paris, dans l'entre-deux-guerres et sous l’Occupation, puis en 1944, à Sigmaringen et en Forêt Noire. Le film montre l'évolution qui a mené deux pacifistes des années 1920, proches d'Aristide Briand, à la collaboration sous l'Occupation (1940-1944) et à leurs condamnations en 1946.
Le titre du film, emprunté à Victor Hugo (1) résume bien le propos : chacun a sa part de « Rayons » , ici la volonté d’en finir avec la guerre, après le carnage de 14-18 (9 millions de morts, 21 millions de blessés) et de rechercher la paix par tous les moyens ; et sa part « d’Ombres », ici la poursuite de la collaboration, alors que la présence nazie devient de plus en plus oppressante et que la shoah se dessine.
Le film décrit une histoire vraie, celle de la collaboration. Pour en finir avec la guerre ce sont plus de 80% des personnalités, de droite comme de gauche, qui ont choisi de coopérer avec les allemands afin d’aboutir à l’apaisement et à la réconciliation. Malheureusement la guerre va se radicaliser, devenir mondiale et la collaboration, une infamie, avec le programme d’extermination des juifs (2).
On retrouve l’histoire d’un aveuglement, d’une fuite en avant dissimulée derrière ces mots, « on ne savait pas » ; le parcours autour des nuances entre le blanc et le noir, le glissement du pacifisme à la collaboration.
Malgré cela, la responsabilité de chacun reste totale. « La bonté n'existe pas à l'extérieur de l'homme, aucun système politique n'instaurera le règne du Bien et la seule manière de rendre le monde meilleur est de s'attacher à être bon en soi et autour de soi. » Sylvain Tesson, (Géographie de l'instant.)
Le film de Xavier Gianoli est remarquablement mené. Les trois acteurs principaux, Jean Dujardin (Jean Luchaire), Nastya Golubeva (Corinne Luchaire) et August Diehl (Otto Abetz) sont excellents. Malgré les 3h20, on ne voit pas le temps passer. Les deux premières heures sont plutôt du côté « Rayons » avec l’entre-deux-guerres et l’armistice, puis le début de l’occupation avec une volonté pacifique. A partir de juillet 1942 le film, comme l’histoire, bascule dans les « Ombres » avec la « Rafle du Vel' d'Hiv » où le gouvernement de Vichy, enferme plus de 13 000 juifs pour les faire conduire à Auschwitz.
Néanmoins, le scénario et la mise en scène ne sont en rien des caricatures stigmatisant «les bons et les méchants ». Cela donne une profonde crédibilité et vraisemblance au film.
Grande qualité de la mise en scène, des décors. On s’y croirait.
Le sujet, comme les scènes libertines dans les cabarets, amènent à réserver le film aux adultes et grands adolescents.
(1) Les Rayons et les Ombres. Recueil de poésies de Victor Hugo (1840)
(2) Les Démocrates-Chrétiens néanmoins, ont toujours refusé toute compromission et collaboration, dans la logique de l'encyclique de 1937 « Mit Brennender Sorge », du pape Pie XI : un réquisitoire implacable et visionnaire contre le régime d'Hitler. « un prophète fou à l’arrogance répugnante ».
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