La pie voleuse ***
Film de Robert Guédiguian (2025). Article vu 150 fois
Maria (Ariane Ascaride), aide à domicile, parvient difficilement à joindre les deux bouts, d’autant que Bruno, son mari (Gérard Meylan), chômeur, passe son temps à claquer leurs maigres économies au bistro du coin. Maria voudrait aider son petit-fils, pianiste doué, à payer ses cours pour se présenter à un concours, de même qu’elle voudrait pouvoir s’accorder le luxe de déguster une douzaine d’huîtres au soleil, à l’Estaque.
Tirant le diable par la queue, elle ne se résout pas à sa précaire condition et, par-ci par-là, vole quelques euros à tous les braves gens dont elle s’occupe avec une attention extrême… et qui, pour cela, l’adorent… Cela pourra t-il durer sans obstacle ?
Robert Guédiguian est fidèle au rendez-vous. Une nouvelle plongée parmi les « gens de terrain » à l’humanité si vraie. Nous retrouvons les personnes en difficulté, parmi lesquelles Monsieur Moreau en fauteuil roulant (Jean-Pierre Darroussin), un couple âgé ou madame perd la tête ou une autre vieille dame à qui tout fait peur… Maria est leur auxiliaire de vie, très appréciée par sa gentillesse et sa présence.
Rapidement on aperçoit Maria, voler par ci par là quelques billets, un chèque… Bien évidement le film n'a rien de complaisant vis-à-vis des vols. Mais paradoxalement ces faits n’atténuent pas l'authentique gentillesse et complicité que Maria noue avec chacun de ses patients. Le film est bien mené et très bien joué. Le scénario est soutenu, depuis les vols de Maria jusqu’à sa convocation en justice. Heureusement, la fin inattendue est très belle.
Un bémol cependant, la séduction inattendue entre deux personnages est invraisemblable et on se demande où on va. Et, comme dans « Gloria Mundi », ces quelques scènes d’intimité font réserver le film aux adolescents et aux adultes.
Le point de vue d’Annie
Beaucoup de thèmes sont abordés chers au cinéma de Guédiguian autour d’une thématique sociale : celle de l’exclusion ordinaire qui prive Maria et sa famille d’un surplus de confort mais aussi de culture. Celle des rapports familiaux gangrénés par les rancœurs, mais celle aussi de la bonté et de la générosité donnée gratuitement…enfin presque ! Ariane confie « je n’ai pas envie de penser à la vie qui n’a pas été la mienne, c’est trop dur ».
Ces lignes fortes sont un peu mises entre parenthèse dans une seconde partie avec une intrigue amoureuse que j’ai trouvée complaisante et improbable.
Mais à la fin du film, entendre Daroussin réciter à un commissaire complètement indifférent, le poème d’Hugo « les pauvres gens » est un délicieux moment de cinéma.
Pour conclure, j’ai bien aimé ce film plein de tendresse, très incarné dans un milieu, une famille, et qui prend le temps de nous faire entendre les aspirations sociales sans manichéisme. Il peut aussi être une source de réflexion sur la moralité des actes que nous posons…
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