Reste un peu *****
Film de Gad Elmaleh (2022) Article vu 1039 fois
Après trois années aux USA, Gad Elmaleh décide de rentrer en France : sa famille et ses amis lui manquent. Du moins, c’est ce qu’il dit pour expliquer son retour… En effet, Gad n’est pas (seulement) rentré pour le couscous de sa mère. Non, c’est une autre femme qu’il vient retrouver à Paris… la Vierge Marie. Et oui, dès son enfance à Casablanca, il a rencontré Marie dans une église. Cette rencontre ne l’a pas quitté, et s’est bonifiée au fil des ans. « Reste un peu » est un film plein d’espoir et de lumière. Alors, ira-t-il jusqu’au baptême ?
La critique d'Annie.
Un film hors norme, mais pas hors sol, confortable dans lequel on s’installe en confiance, un film sans artifice : deux caméras légères pour attraper les regards, les expressions, les rencontres, plus précisément les retrouvailles entre Gad et ses parents. Ses vrais parents qui de fait se sont prêtés au jeu, leur fils leur ayant annoncé un film sur la crise de la cinquantaine. Le réalisateur précise en souriant « Ils ne savaient pas vraiment de quoi il était question. Je voulais capter leur surprise et leur trouble aussi. Je les ai un peu arnaqués. »
En effet, jugez plutôt : une femme s’est glissée dans cette famille juive séfarade très attachée à ses traditions, à sa culture. Cette femme bien que juive elle-même, n’est pas la bienvenue chez David et Régine Elmaleh, c’est le moins qu’on puisse dire : c’est Marie, la Vierge Marie. Gad est rentré pour recevoir le baptême. Mais a-t-il pris conscience du tsunami qu’il soulève avec ce désir de baptême catholique ? Et si conversion rimait avec trahison ?
Gad Elmaleh n’essaie pas d’assembler les éléments de la bibliothèque IKEA, non il préfère assembler, ou plutôt rassembler les différentes facettes de sa personne et de son histoire, ses racines juives, son amour pour Marie, ses interrogations…
« Parler de ma fascination pour Marie, moi qui suis juif, d’une certaine manière, c’est un jeu interdit. C’est le péché ultime, l’idolâtrie, dans la religion juive ! Mais, je pense que c’est en s’approchant de ce qui brûle et pas de ce qui brille qu’on peut provoquer des réactions et des débats. »
Le film « Reste un peu » est bien construit Gad Elmaleh a su s’entourer des idées du scénariste Benjamin Charbit . Finalement ce qui fait la force du film c’est que les personnages…n’en sont pas ! : le père Barthélémy de la paroisse Sainte Cécile, sœur Catherine, le professeur de Talmud Pierre-Henry Salfati, les amis parmi lesquels : Medhi Djaadi, le comédien Rochdy Zem, ou encore Delphine Horvilleur femme rabbin.
Ce parti pris confère au film une véracité intéressante, et une simplicité de jeu de la part des personnages qui de fait n’en sont pas. Ils expriment leurs émotions, leur foi avec une tranquille transparence.
Tous vont entourer l’humoriste qui au passage n’oublie pas l’humour, car on rit et on sourit beaucoup dans ce film généreux qui manie gravité et drôlerie avec aisance et souplesse. Notons encore que la musique du film est signée Ibrahim Maalouf.
Pour terminer, je citerai volontiers Antoine de St Exupéry : « Il n’y a qu’un seul problème de par le monde : rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles »
Merci à Gad Elmalleh de nous emmener sur ces chemins où l’on gagne à rester un peu…. voire beaucoup.
Et donc, allez voir ce film, en famille, entre amis, en ces temps chahutés, se poser pour une belle séance de cinéma c'est vraiment réconfortant.
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