Novembre ****
Film de Cédric Jimenez (2022). Article vu 236 fois
Le film est une « immersion » au cœur de l'antiterrorisme pendant les cinq jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre 2015
Rappel des faits. En janvier 2015, un terroriste islamiste parvient à échapper à une opération de police internationale à Athènes où est présent Fred (excellent Jean Dujardin) de la sous-direction antiterroriste française. Dix mois plus tard, le 13 novembre 2015, des attentats frappent l'Île-de-France et font 130 morts. Dès lors, l'antiterrorisme va mener l'enquête pour retrouver les terroristes en fuite. Grâce à des écoutes, des filatures et des témoins, ils vont enquêter sans relâche pendant cinq jours, entre Paris et sa banlieue, Bruxelles et le Maroc, jusqu'à l'opération du 18 novembre 2015 à Saint-Denis où trois des terroristes seront tués.
Cédric Jimenez nous avait déjà impliqué dans l’actualité ou le banditisme côtoie le terrorisme, avec le remarquable film « BAC Nord ».
« Novembre » est un excellent film. Tout y est : scénario, montage, prise de vue et bien sûr acteurs. Nous suivons parmi les principaux personnages, outre Fred, Ines (Anaïs Demoustier, toujours au top) et Héloise (Sandrine Kiberlain, très juste). On retrouve aussi avec émotion, Lynda Koudry que l’on avait découvert dans « Papicha » .
Ayant vu ce film près d’un mois après sa sortie, j’ai constaté que la salle était encore bien remplie.
Cette plongée au cœur de l’action des services spéciaux, souligne un point dramatique : l’emprise des règlements et des process juridiques qui complexifient et alourdissent de façon absurde cette « guerre » anti-terroriste. Un exemple, Ines va identifier, avec succès, la planque d’un terroriste en le suivant (d’après son immatriculation). Elle se fait vertement recadrer par son chef « il faut respecter les procédures ! ». C'est le contraire de la subsidiarité (1) : le pouvoir d'agir sur le terrain ! Autre cas, on apprend qu’un complice repenti et coopératif peut être absous de tout alors qu’un honnête citoyen indiquant la trace d’un terroriste sera traduit en justice.
Autre aberration, on apprend que ces crimes seront suivis de cinq ans d’enquêtes avec plusieurs centaines d’enquêteurs mobilisés. Le jugement interviendra sept ans après les faits et l’un des terroristes, aura la vie sauve à perpétuité (en prison), alors qu’il organisé ces tueries, soit plus de 130 morts et plusieurs centaines de blessés.
Le paradoxe de traiter avec une législation ordinaire des actes de guerre...
(1) Exemple de subsidiarité. La pratique de certains services spéciaux est, en la matière, exemplaire. Ayant réuni le maximum d'infos, on défini, en groupe le bon déroulement. On valide l'accord de tous et ce processus défini, sur le terrain, dans le respect des lois, va être mis en oeuvre de façon très efficace par les membres de l'équipe...
« Novembre » reste un film dur, implacable, comme la réalité qu’il décrit. A réserver bien sûr aux adultes.
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