Revoir Paris***
film de Alice Winocour (2022) Article vu 156 fois
Mia (remarquable Virginie Efira) et Vincent vivent des jours heureux à Paris ; elle, traductrice, lui médecin hospitalier. Un soir ou il est de garde, Mia est victime d’un attentat terroriste dans une brasserie à Paris. Les morts sont nombreux. Elle est légèrement blessée. Trois mois plus tard, elle ne se rappelle de l’évènement que par bribes. Elle décide alors de retrouver le détail des faits pour enfin pouvoir reprendre une vie normale et faire le deuil de cette soirée atroce. Elle retrouve à cette occasion Thomas, (excellent Benoît Magimel) qui fêtait son anniversaire dans la brasserie. Thomas est ressorti gravement blessé, mais a gardé des souvenir précis. Peu a peu la mémoire revient.
Mais rien ne sera plus comme avant.
Alice Winocour, a réalisé cette fiction en s’inspirant des attentats de 2015, notamment le Bataclan. « Mon frère était au Bataclan, le 13 novembre. Pendant qu’il était caché, je suis restée en lien sms avec lui une partie de la nuit. Le film s’est construit à partir des souvenirs de cet événement traumatique, puis à partir du récit de mon frère dans les jours suivant l’attaque. J’ai expérimenté sur moi-même comment la mémoire déconstruisait, et bien souvent reconstruisait les évènements. »
Le film est très bien joué, notamment par Virginie Efira, qui exprime très bien les différents états internes de cette lente reconstruction du passé : le traumatisme, étonnement, douleur, interrogation qui va jusqu’à l’obsession et le trou noir ; puis l’apaisement et la gratitude.
« Revoir Paris » nous immerge dans ce paradigme peu connu : le traumatisme des victimes pour qui c’est le trou de mémoire quasi complet. Avec Mia, comme Thomas, on voit ce besoin de se relier aux autres, pour trouver apaisement et faire le deuil.
On réalise aussi, l’incompréhension des autres qui n’ont pas vécu ça et prennent l’attitude de l’ami ou du conjoint comme une rupture blessante vis à vis d’eux.
En conséquence le film est dur et intense, mais aussi très humain.
Par contre, ce zoom victimaire de 1h46, illustre bien la dérive de nos institutions. En effet, face à une agression de ce type la réaction devrait être déterminée, musclée et sans nuance, comme en 1945 face à Hitler. Pas de procès ou autres jérémiades, mais la force qui anéantit l’agresseur.
C’est l’aberration de nos gouvernements de ce XXIème siècle de solliciter la fibre victimaire au lieu d’agir de façon courageuse et résolue.
/image%2F0490460%2F20220919%2Fob_f2d616_affiche.jpeg)
/image%2F0490460%2F20220919%2Fob_89ad0a_1.jpeg)
/image%2F0490460%2F20220919%2Fob_0015cf_2.jpeg)
/image%2F0490460%2F20220919%2Fob_6a407c_3.jpeg)