Illusions perdues****
Film de Xavier Giannoli (2021) Article vu 181 fois
La critique de Fred
Lucien de Rubempré (remarquable Benjamin Voisin), est un jeune poète inconnu dans cette France de 1820. Il a de grandes espérances. Il quitte l’imprimerie familiale de sa Charente natale pour tenter sa chance à Paris, au bras de sa protectrice Marie-Louise Anaïs de Bargeton (excellente Cécile de France). Rapidement le jeune homme va découvrir les coulisses d’un monde voué à la loi de l’argent, de l’influence et du mensonge. Une comédie humaine où tout s’achète et se vend. Résistera-t-il à ce monde pervers et réussira-t-il à imposer son destin de poète ?
« Lucien avait au plus haut degré le caractère gascon, hardi, brave, aventureux, qui s’exagère le bien et amoindrit le mal, qui ne recule point devant une faute s’il y a profit et qui se moque du vice s’il s’en fait un marchepied. » Honoré de Balzac
Peut-être Lucien s’attendra-t-il à deux rubans prêts ?
Qu’on apprête son char, donc !
« Illusions perdues » est un film très prenant. La distribution est époustouflante, chacun collant à son rôle avec une vérité totale. De même la reconstitution de l’époque est saisissante. C’est une grande réussite.
On découvre avec Lucien un monde parisien où tout s’achète où l’on passe son temps à se saouler, à coucher avec des prostituées et à fumer du hachich. Moi qui pensais que les époques passées étaient moins engluées dans la bassesse que la nôtre je tombe de haut ! illusions perdues ?
La critique d’Annie
Et bien, suivons Lucien de Rubempré dans ses « Illusions perdues ». Son réalisateur Xavier Giannoli confie :
« J’ai lu ce livre quand j’avais vingt ans et que j'étudiais la littérature, et il s'est mis à m'obséder. Au moment même où Balzac écrivait cela, Karl Marx déambulait dans les rues de Paris, et ils savaient tous deux que notre civilisation dans son ensemble était au bord d’un changement radical. Donc, Balzac est la matrice du monde moderne tel qu'on le connaît. C’est pour ça que la perspective de Lucien est si importante : il a encore un attrait pour la beauté, mais va-t-il pouvoir tenir dans ce monde devenu fou ? »
Ce film est un régal pour les yeux : en effet Xavier Giannoli a filmé en décors naturels et les scènes parisiennes sont trépidantes et pleines de vie. « J’ai tout tourné en France, dit-il, dans des vrais lieux, pas en studio ou en République tchèque (que j'aime beaucoup, bien sûr, mais ce n’est pas Paris). Je voulais faire le tableau de toute une civilisation et qu'il soit juste, de la manière dont on montre qu’une femme se meut dans une certaine situation au vocabulaire et à la teneur de la culture française à cette époque. Tout cela fait partie de mon obsession. En tant que cinéaste, j’espère que le public peut voir la beauté de cette civilisation, mais aussi sa cruauté. »
Les milieux de la presse et l’effervescence des rédactions, celle des théâtres, de l’opéra, des soirées mondaines nous entrainent sur les pas de Lucien et nous immerge dans ce Paris de la Restauration, sous le règne de Louis XVIII.
Giannoli nous introduit dans cette société versatile et brillante où les traits d’esprit fusent parfois de façon cruelle. La distribution des rôles est parfaite : c’est Benjamin Voisin qui interprète Lucien et il est fort bien entouré par des comédiens de talent, comme Cécile de France, Jeanne Balibar (Marquise d’Espard), Gérard Depardieu (l’éditeur Dauriat), Vincent Lacoste, Salomé Dewaels. La crédibilité de ce casting donne encore davantage de véracité au film. De plus, Patrick Berthier, universitaire de renom, était le consultant pour ce film « illusions perdues ». le XIX siècle lui est très familier et le réalisateur reconnaît que c’était un grand privilège de l’avoir à ses côtés.
Enfin, pour boucler notre propos, le film interroge aussi sur cette société qui à travers la presse fait et défait les destins à travers ses critiques.
Xavier Giannoli précise : « J’aimais aussi l'idée de montrer le milieu du journalisme de l’époque, en ces temps de Twitter et d'Instagram. À bien des égards, ces types étaient comme les influenceurs d’aujourd’hui. Qu’est-ce qui est authentique, dans ce monde de médias ? Où est la vérité ? »
Ces propos soulignent toute l’actualité de Balzac, et d’une façon plus globale celle de la littérature qui scrute notre humanité dans ses grandeurs et ses petitesses. La candeur de Lucien, son idéalisme, ses illusions, vont se perdre dans l’éclat scintillant de ce Paris brillant que ce film nous restitue avec talent. Il faut encore insister sur l’excellence des comédiens qui traduisent leurs émotions avec une grande justesse.
De fait en sortant du cinéma, j’étais fort surprise de ne pas trouver ma calèche pour rentrer, preuve que cette immersion dans le XIXe siècle est parfaitement réussie.
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