Nous finirons ensemble°
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Film de Guillaume Canet
Dix ans après « les petits mouchoirs », Guillaume Canet remet le couvert et nous sert la suite. Nous retrouvons la « bande de copains-copines » pour de nouvelles aventures. Max (remarquable François Cluzet), visiblement préoccupé, retrouve sa maison de bord de mer. A peine arrivé, c’est la surprise ! Ils sont tous là, avec sa nouvelle compagne Sabine (Ravissante Clémentine Baert) : Marie (Marion Cotillard), Eric (Gilles Lelllouche), Antoine (Laurent Lafitte), Vincent (Benoit Majimel) et Isabelle (Pascale Abrillot) pour l’anniversaire surprise de ses 60 ans.
« Nous finirons ensemble » exploite la même veine du « film de potes » que l’opus précédent. Le rythme est soutenu, les scènes sont parfois cocasses et les séquences s’enchainent avec efficacité. L’ensemble dure quand même 2h15 !. C’est du bon Guillaume Canet, un film bien joué, même si avec un peu de recul on peut trouver « qu’ils en font parfois des tonnes ».
Bien cadré, de magnifiques photos de bord de mer, un montage efficace… mais, tout ca pour ca ?... En effet côté scénario c’est bien mené, mais concernant le fond… on touche le fond.
L’amitié des personnages, montrée comme un lien viscéral, quasi familial est assez superficielle. Les uns et les autres sont tellement abimés par leur propre vie (dans laquelle, ils font tous un peu n’importe quoi) qu’ils absorbent la moindre étincelle de chaleur humaine comme un buvard une goutte d’eau.
Parmi cette collection « d’adulescents » les enfants, qui ont grandi ou viennent d’arriver au monde, essaient de vivre leur vie… d’enfant. Mais au milieu de cette bande de fêtards, on les envoie au lit quand ca commence à tirer et que l’alcool aidant on a envie d’être « peinards ». Et c’est comme cela pendant tout le film, chacun suit, en permanence son envie du moment sans autre repère que l’intensité du désir.
On retrouve aussi les « standards » de l’époque avec l’inévitable couple homo. Vincent a visiblement fait son « coming out » et vient à la fête avec Alex son conjoint. Ici le trait est assez fouillé et leur relation en mode parent/enfant saute aux yeux. Alex (très bon Mikaël Wattincourt) pousse Vincent à « grandir », à faire du sport ou à pratiquer régulièrement des exercices d’assouplissement. Mais ce dernier, à l’immaturité caricaturale, oscille en permanence entre son couple actuel, son attirance pour son ex-femme Isabelle, ou pour d’autres hommes.
Autre clin d’œil, peut être involontaire à l’actualité, en pleine crise des « gilets jaunes » cette gentille bande de bobos friqués traite avec un mépris appuyé Catherine (Tatiana Goussef) la nounou en charge du petit bébé d’Eric. Tout y est : les horaires élastiques, le manque de considération et la prégnance de l’égoïsme qui occulte les besoins élémentaires de l’employée.
Un film sans doute actuel où les uns et les autres, égarés, essaient de combler les conséquences d’une vie superficielle dénuée de repères. On travaille pour gagner et réussir le plus possible ; on se met en couple quand on est attiré et on casse quand le charme est rompu ; on refuse longtemps les enfants pour les désirer quand, sur le tard, on en a envie. Mais tout cela est sec et plat. Alors on retrouve dans « l’entre soi » un peu de chaleur, d’affection éphémère, voire de « teuf » bien alcoolisée pour dissiper le vague à l’âme de cette existence désespérément vide.
Le point de vue d'Annie
Guillaume Canet filme remarquablement la mer, les espaces, les villas luxueuses et les expressions de ses personnages. Les comédiens sont aussi excellents, à commencer par François Cluzet, dont on suit les méandres émotionnels qui expriment toute la complexité d’un homme qui pose les constats de ses choix de vie. C’est d’ailleurs finalement le propos du film : nous faire comprendre la complexité des sentiments, des choix amoureux, des amitiés. Mais selon quels critères ? Là, le propos est évasif à souhait. Ces adultes, liés par l’amitié se comportent comme si celle ci était une sorte de mantra qu’on se répète. Alors que les soirées très arrosées ne font que mettre en évidence la dislocation de cette amitié : mots blessants, situations ambiguës, humour potache qui blesse et des rapports amoureux confus. Certains d’entre eux sont devenus parents et font preuve d’une insouciance éducative désastreuse.
La caricature du personnage de la nounou, Catherine, excellente Tatiana Goussef, entérine le fait que donner des règles et respecter des horaires est vraiment d’une stupidité absolue.
Alors que reste-t-il ? L'évocation puis le souvenir « vivant » de Ludo (Jean Dujardin), qui incarnait dans « les petits mouchoirs » l’ami disparu dans un accident de moto, tend à prouver que cette amitié reste un ciment de cohésion. C’est un point positif. Le titre même du film semble nous donner une indication. « Nous finirons ensemble » : une fin qui s’annonce sans doute amère pour cette bande d’amis sans repères, sans espoirs et qui n’a d’autre horizon qu’un vivre ensemble bien ténu. Enfin, 2h15 c’est un peu long, et même si des péripéties et un drame viennent relancer le scénario, l’ensemble est relâché.










