Prendre le large*** / °°
film de Gaël Morel (2017)
Edith, ouvrière textile de 45 ans est licenciée car son poste à Villefranche sur Saône est supprimé. Contre toute attente elle refuse les indemnités dont elle à droit pour…aller travailler dans l’usine du groupe au Maroc. Choix aberrant ou nouvelle vie ?
La critique d'Annie :
Ce résumé bref et sec ne rend pas compte de la complexité de cette femme et du film qu’elle (Sandrine Bonnaire) porte, chaque plan nous faisant entrer davantage dans son monde. Un film qui prend le temps….celui de nous faire entrer dans l’intériorité d’Edith…
« Cette ouvrière, Edith, n’a jamais voyagé : pour elle, partir au Maroc pour garder son emploi est une révolution dans sa vie. J’ai voulu porter sur elle un regard romanesque. L’argument du film est social mais mon ambition est, effectivement, de partir ailleurs. Il y a, dans le cinéma français, une tradition naturaliste contre laquelle je me suis construit. Ce n’est pas parce que mes personnages sont issus de la France dite d’en bas que le romanesque leur est interdit. J’ai toujours été agacé par le fait que le cinéma n’offre souvent à ce genre de personnages que des fictions étriquées, comme si les petites gens n’avaient que des petites vies et, donc, des petites histoires. » Gaël Morel (réalisateur)
Un film donc, qui prend le temps, sans concession (je ne suis pas certaine que l’office du tourisme Marocain soit ravi de la description qui est faite de son pays !) de nous faire partager cet étrange choix d’Edith. Et c’est réussi.
D’abord parce que Sandrine Bonnaire qui porte le film, est magistrale de retenue et d’émotions à fleur de peau. Femme blessée dans son affectivité, dans son rapport, à son fils, au monde.
Oui, film social aussi qui nous partage les ravages des délocalisations, et d’une mondialisation sans repères éthiques, qui encourage les comportements déviants.
L’islam intégriste est aussi en cause, à travers les remarques, les attitudes des femmes marocaines qui subissent les contraintes vestimentaires ou autres.
Enfin un aspect plus intimiste, sur les rapports mère/fils, puisque Jérémie le fils d’Edith, est aussi un personnage important.
Un film, donc qui prend le temps, un film bien maitrisé, très bien interprété par Sandrine Bonnaire. Un vrai cinéma qui à travers une fiction, insiste sur des aspects profondément humains et sociaux.
Le point de vue de Fred
Pour être franc, je trouve le propos un peu aberrant. Rien ne permet d'expliquer le comportement absurde d'Edith qui tombe au fond du gouffre sans aucune maîtrise des évènements. C'est assez amer. J'avoue avoir du mal à rester 103 minutes devant une telle misère...
Pour moi le personnage d'Edith est incompréhensible. C'est le personnage, dira-t-on, mais le scénario manque quand même de crédibilité. A un moment, venant d'être licenciée, elle prend une camionnette avec d'autres femmes pour une destination inconnue, sans vêtement pour se protéger du soleil ni de repas. Elle va être hébergée dans des conditions sordides et assez invraisemblables. Et si cette histoire'est réaliste, le Maroc prend très cher.
D'ailleurs depuis quelques mois, les pays musulmans sont décrits de façon très dure à l'écran : l'Egypte archi-corrompue (Le Caire Confidentiel), l'Iran schizophrène et barbare (Téhéran Tabou) ou ici le Maroc où combines et exploitation de l'autre ont l'air monnaie courante...
Je vous déconseille le film, mais Annie a beaucoup aimé, alors à vous de voir !







