Marie-Francine **
Film de Valérie Lemercier Article vu 1138 fois
Décidément le thème de la femme quinqua est en vogue, après Aurore et ses bouffées de chaleur, voici Marie-Francine (Valérie Lemercier), qui la cinquantaine venant va prendre très cher… Son mari Emmanuel (un Denis Podalydès, égal à lui-même), la quitte pour un jeune mannequin « au ventre plat (!) » et le laboratoire, où elle étudie les cellules souches, doit fermer pour cause de désamiantage. Sans mari, sans boulot, la voici à la rue…elle n’a donc pas d’autre solution que de…retourner vivre chez ses parents. « Dadick » et « Papick », (respectivement Hélène Vincent et Philippe Laudenbach…lourdingues à souhait) faisant chambre à part, il ne reste à la pauvre Marie… que le canapé.
Contre fortune bon cœur, elle va s’y installer. Sa recherche de travail s’avère rapidement très difficile, heureusement les parents sont là. Ils vont lui installer juste en dessous de l’appartement une boutique de cigarettes électroniques. Et c’est parti pour une double reconversion, puisque c’est là qu’elle va rencontrer Miguel (Patrick Timsit) qui vit à peu près la même situation…sa femme étant partie pour vivre le grand amour avec une autre femme…Eh oui, il faut vivre avec son époque !
Comme dans « Aurore », nous sommes en plein cœur de la décomposition familiale actuelle. Conséquence immédiate et paradoxale, dans 20 ans les enfants auront du mal à « retourner chez leur parents » les familles ayant déjà définitivement éclaté. Le thème du « retour chez les parents » avait déjà été traité en 2016 avec « retour chez ma mère » ou Alexandra Lamy, à la suite de sa faillite personnelle, devait reprendre le chemin de la maison à 40 ans passés.
Selon le Huffigton post c’est loin d'être une fiction, ce phénomène est une réalité que les sociologues appellent les "boomerang kids". Une génération d'adultes qui, après avoir vécu indépendamment pendant un certain temps, doivent revenir s'installer dans la maison familiale. On aura tout vu !
Côté film, « Marie-Francine » est assez inégal, et a du mal à se situer entre comédie et romance. C’est plutôt bien joué, Valérie Lemercier cumulant aussi le rôle de la jumelle Marie-Noelle, renouant avec délice les accents inimitables des visiteurs.
Le film dégage aussi une certaine impertinence vis-à-vis du conformisme actuel. L’aventure homosexuelle de la femme de Miguel est évoqué comme un drame et Marie-Francine, n’hésite pas à qualifier de « pédé » un célibataire efféminé que ses parents lui ont fait rencontrer. Il ne s'agit pas de faire l'apologie de certaines "phobies", mais la cinéma est le reflet de la vie dans toute sa vérité.
En creusant un peu, on peut aussi juger que la conduite du mari, décrite comme scandaleuse et hypocrite, est une critique discrète de l’idéologie contemporaine. En effet, aujourd’hui, on peut faire n’importe quoi, dans la conduite de sa vie personnelle, comme en matière de décision politique, (« à chacun sa vérité » ), mais il faut le faire avec gentillesse, bienveillance, respect d’autrui et pourquoi pas « éthique ». Selon cette idéologie, l’attitude d’Emmanuel est « morale », car il « parle vrai » et reste plein d’une attention toute formelle vis-à-vis de son ex-femme.
Bon dépaysement.. ;-)







