Les Innocentes***
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Film d’Anne Fontaine (2015)
1945 l’armée rouge « libère » la Pologne occupée par les Nazis. Les Soviétiques vont surtout mettre l’ensemble de l’Est Européen sous le joug communiste. Pas de quartier pour « les ennemis du peuple » . Les religieuses vont payer le prix fort de cette sauvagerie. Nombreux seront les couvents envahis par des brutes saoulées à la vodka. De nombreuses religieuses seront violées. La réalisatrice, Anne Fontaine (1) soulignait sur Europe 1 : « Le viol; des femmes est une arme de guerre, le viol des religieuses est une double arme de guerre, ce n’est pas seulement la femme qui est violée, mais aussi la religieuse qui est en elle ». Ces faits monstrueux ont été méconnus ou cachés depuis soixante ans, mais ils sont aussi d'actualité. Le viol de religieuses se produit aussi de nos jours dans certains pays d'Afrique ou en Haïti.
(1) Gemma Bovary et Perfect Mothers
Anne Fontaine s’est inspirée du journal d’une jeune médecin de la Croix Rouge, Mathilde Pauliac.(Mathilde Beaulieu à l'écran). Cette dernière y raconte ce jour fameux où « une bonne sœur vient la voir, affolée, et lui demande de l’aide d’une manière tellement bouleversante qu’elle décide de prendre son ambulance, de traverser la forêt et de rejoindre ce couvent, complètement perdu dans les bois ».
« Les Innocentes » est un film poignant, dur, parfois désespéré qui s’illumine dans le dénouement. Ces femmes ont donné leur vie « au Divin Epoux » et se retrouvent enceintes à la suite de ces actes odieux. Leur foi résistera-t-elle à ce séisme physique, psychologique, moral et spirituel ?
Tout cela est fort bien décrit,. Les deux scénaristes (Sabrina Karine et Alice Vial) ont intelligemment campé avec les différentes religieuses, la variété des réactions : déni de réalité, cauchemar, « nuit de la foi », rupture mais aussi l’accueil progressif de ces vies naissantes.
Nous assistons aussi à ce dilemme entre l’obéissance à la règle, la fidélité aux vœux monastiques et la situation endurée. Une religieuse a cette parole terrible : « la foi c'est’ vingt quatre heures de doute et une minute d’espérance ».
Un détail montre le soin apporté par la réalisatrice : Anne Fontaine a fait deux retraites au sein d'un couvent de religieuses Bénédictines Avec les soeurs qui l'ont accueillie elle a pu échanger longuement sur le sujet de son film.
Quelques réserves nèanmoins :
La Mère Supérieure incarne avec beaucoup de sévérité cette soumission à la règle. Le comportement qu’elle aura à la fin du film m’est apparu invraisemblable. J’ai d’ailleurs demandé à Anne Fontaine, si ce détail était tiré du journal ou pure fiction. A suivre.
D'autre part, le regard porté sur la vie religieuse Bénédictine semble plus celui d'une athèe ou d'une agnostique que d'une croyante. La description des soeurs est tout de même sévère, entre psychorigidité, enfermement névrotique ou vocation forcée... Il est vrai que nous sommes en Pologne, en 1945. Mais en forçant le trait cela m'a rappelé les outrances de "Philoména" le film de Stephen Frears.
A côté de ces durs combats intérieurs, le film nous montre aussi la confrontation de ces mondes si différents entre la jeune médecin athée (Lou de Laâge), son collègue juif et les religieuses.
Le film est très écrit. J’ai trouvé le milieu un peu long, mais à la réflexion c’est sans doute nécessaire pour nous faire ressentir la prégnance et l’horreur de cette situation.
Côté casting, la distribution est parfaite. Lou de Laâge est très adaptée à son rôle avec ce mélange de pureté, de sensualité discrète et de mystère.
Les religieuses sont aussi très bien interprétées. Toutes sont de vrais personnages, avec leurs caractères et leur histoire personnelle.
A réserver aux adultes et aux grands adolescents, car c’est très dur.
Frédéric de Butler 15 février 2016





