EXODUS *
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To see or not to see ? That is the question…
Ce dernier film de Ridley Scott, met en scène l’épopée de Moïse de la cour du pharaon à la traversée de la mer morte. 2h30 d’action où se succèdent batailles, intrigues de palais, complots et les fameux épisodes bibliques.
C’est indéniablement du grand spectacle, la première scène de bataille contre les Hittites est impressionnante, même avec un petit air de déjà vu (Gladiator). Les 7 plaies d'Egypte sont aussi mises en image avec une efficacité et un réalisme rarement atteints, mais le réalisateur a pris le parti, discutable, de leur donner une explication « technique ». Par exemple, le Nil n’est pas directement transformé en fleuve de sang ; ce sont des crocodiles qui commencent le travail, puis le carnage est tel, que le fleuve mythique charrie effectivement des flots de sang. Autre scène qui fera date : lorsque la mer morte se referme sur les armées Egyptiennes. L’effet est grandiose.
Exodus est certainement un film qui veut ratisser large. La contrepartie est l’indéniable manque de finesse. Les dialogues sont anachroniques et pauvres. En fermant les yeux on est dans une banale série américaine. L’effet est sans doute amplifié par la traduction et le doublage. Dans le genre, « la Passion » de Mel Gibson, avec dialogues originaux en araméen et en latin, était beaucoup plus authentique et dépaysant.
Le scénario prend aussi de grandes libertés avec l'histoire. Par exemple Moise, de retour du Sinaï constitue des commandos hébreux qui sèment la panique dans la société Egyptienne, brulant les navires et faisant exploser les magasins du palais. Il est inimaginable qu'un peuple esclave ait eu l'autonomie et les moyens de cette initiative !
Les images de synthèse mécaniques et glaciales apportent une dimension onirique irréelle qui est parfaite pour « le Hobbit », mais qui reste artificielle en voulant faire revivre la cité des pharaons. Idem, les plans « vus d'avion » des foules en déplacement (armées hittites ou égyptiennes, peuple hébreu en marche) apparaissent comme une nuée de sauterelles entre deux rochers à Quiberon.
Moise, interprété avec talent par Christian Bale est désarmant, tellement son hésitation à remplir sa mission est décrite de façon actuelle (agnosticisme, égocentrisme, coup de tête, syndrome de toute puissance) et s'écarte largement du récit du livre de l'Exode. Les scénaristes ont aussi choisi « d'incarner » Dieu. Outre le choix d'un enfant comme figure divine, c'est un anachronisme pur vis-à-vis de la tradition biblique où Dieu ne s'incarne pas. Il faudra attendre le Christ qui est le Verbe Incarné et la seule incarnation de l'histoire. C'est une curieuse idée qui enlève toute la dimension épique au récit. Les échanges entre Moise et le gosse-Dieu évoquent plus les conversations de Golum et de Frodon. Un scène résume les anachronismes et invraisemblances du scénario : c’est Moise, pépère, le verre de calva à la main, qui grave lui même les tables de la loi, dans un bureau prêté par on ne sait qui pour l’occasion.
Si, malgré ce qui précède, vous allez voir Exodus, évitez absolument la projection en 3D. Ici elle n'apporte strictement rien, hors une certaine fatigue visuelle. Par exemple la remarquable photographie avec effets de flous en arrière plan des personnages devient insupportable en 3D.
Frédéric de Butler
4 janvier 2015
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