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Publié par Frédéric de Butler

Vers le meilleur.

Après le pire et le passable, voici une sélection de films où l'entreprise échappe à la carricatrure pour être décrite en vérité.

Zoom sur l'entreprise au cinéma (3)

Violence des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout (2004)

Une machine sans contrôle. Philippe (un Jérémie Reignier, très convaincant) est consultant junior dans la filiale française d'un cabinet de conseil anglo-saxon basé à la Défense.

Pour première mission, il doit élaborer le plan d'optimisation de la société Janson (métallurgie). Le ressort secret de sa mission est la vente prochaine de l'entreprise par le patron dont la retraite est proche. A part le PDG, personne n'est au courant de ce qui se trame. La DRH (remarquable Martine Chevalier) s'en doute tout de même un peu.

Ce voyage en eaux troubles est l'occasion d'une immersion très réaliste dans le monde de l'entreprise. On évite les clichés et les attitudes partisanes. Le propos est détaillé et fouillé, tant par la précision du travail réalisé par Philippe que par la variété des personnages que la caméra nous révèle dans leur vérité nue.

Pour Philippe les scrupules viennent peu à peu, aiguisés par sa compagne (l'excellente Cykia Malki) mais vite recadrés par son Boss (l'impressionnant Laurent Lucas, parfait dans son alternance de persécuteur suave et de papa poule).

Le grand mérite de ce film est de poser le problème sans partis-pris idéologique. C'est à l'opposé de Laurent Cantet, dont le film « ressources humaines » réduit la problématique à la caricature habituelle « employés victimes et patrons voyous ».

Les questions viennent peu à peu sans fournir les réponses. Peux-t-on restructurer sans licencier ? Peut on dire aux gens dont on fait un bilan de compétences qu'on risque de les licencier ?  Une entreprise peut elle vivre sans se restructurer ? En cas de vente de l'entreprise, peut-on faire autrement que de l'optimiser pour bien la vendre ? Est-ce bien ; est-ce mal ?

En fait on est au cœur même des contradictions et des paradoxes de l'économie moderne. Si la propriété privée du capital se révèle dans les faits plus pertinente (efficience, respect de l'homme) que la propriété collective publique, comment maîtriser cette machine souvent aveugle ?

 

The company men de John Wells (2011)

En pleine crise des subprimes, Bobby est un jeune cadre, emblématique de la réussite made in US : villa somptueuse, Porsche, golf et famille merveilleuse. Il est licencié à la suite du plan de restructuration financière de son entreprise. Tout est remis en cause. Il doit se battre pour s'en sortir. Finalement c'est un travail sur lui-même qui s'opère. Il réalise qu'il y a d'autres choses plus importantes que de courir après la réussite. Il montre un bel exemple de courage, de fidélité et de combativité. On est loin des poncifs hexagonaux sur la précarité et le statut victimaire du salarié. Ici, passé le coup de barre, l'homme se reprend en main et finalement rebondit. Avec son ancien patron, licencié peu après, ils vont relancer un important chantier de constructions navales. Enfin une entreprise à visage humain ? Depressus extollor[1].

 

Selon Matthieu de Xavier Beauvois (2000)

Une cantate de Bach en fond, la campagne normande autour de Rouen. Une usine de fabrication de moteurs. Matthieu, son frère ainé et leur père sont ouvriers à l'usine.

En fin de semaine tout le monde se retrouve à la chasse, du patron aux ouvriers. Puis retour à l'usine. Si les différences entre eux sont sensibles. On est loin des clichés dialectiques. Après une faute bénigne, le père est licencié…à 53 ans. Alors les drames et les erreurs se succèdent, mais le propos reste toujours nuancé. C'est très humain (à part un épisode une peu tordu) et très bien joué (Benoit Magimel et Nathalie Baye), jusqu'à la scène finale, avec le retour de la musique de Bach, ou pointe l'espérance.

 

L'entreprise à visage humain[2]

On peine à sortir des clichés et des caricatures. Le cinéma traite de l'entreprise comme la pensée médiatique dominante. Heureusement certains films sont plus nuancés et on peut y trouver des aspects constructifs. Mais lorsque le trait est bienveillant, l'entreprise reste un thème secondaire ou un décor, comme dans "Le goût des autres" de Agnès Jaoui (2000). Ici, l'entreprise, une usine de conditionnement, au climat presque serein, est évoquée en toile de fond de cette progressive "humanisation" du patron (J.P. Bacri). Dans "Je crois que je l'aime", de Pierre Jolivet (2007), Lucas est un riche industriel dans la téléphonie. Il va s'éprendre de l'artiste qui réalise une fresque dans le hall de son entreprise. Ici, on respire. Le climat de l'entreprise est sain sans faux-semblant, le patron respecte ses employés, montre l'exemple (tabac) ou n'hésite pas à donner un coup de main à un employé.

 

On attend toujours le "Clint Eastwood" qui, sans mièvrerie, livrera un portrait vrai, personnel et sobre de l'entreprise à visage humain.

 

[1] Abattu, je me relève. (devise anglo-normande)

[2] Marc Jeanson (DCX) pour KTO a réalisé plusieurs reportages sur l'entreprise. « Du bleu sur les hauts-fourneaux », « L’emploi au cœur », « Et si notre différence était votre chance ? », « Les anges de la mine »,  « Le choix des hommes » et « le cœur pour transmettre ».

 

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