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Publié par Frédéric de Butler

Le pire n'est jamais décevant (Claude Lelouch)

L'entreprise est de plus en plus présente au cinéma, que ce soit comme toile de fond ou comme thème central. Mes 20 ans d'expérience au Centre d'Etudes des Entreprises, m'ont amené à côtoyer de nombreuses entreprises qui savaient placer l'homme au centre. Il est difficile d'en trouver la trace au cinéma ; on bascule vite dans la caricature. Cherchera-t-on encore longtemps "la pierre philosophale" qui offrirait une quintessence de l'entreprise à visage humain. En attendant, voici un itinéraire libre autour de quelques films, du pire (1) vers le meilleur (3) …

Le pire jusqu'à la nausée

 

99 Fr, de Jan Kounen (2007), d'après le livre de Fréderic Beigbeder.

Ici l'abjection côtoie le sordide. Milieu de la pub, des "créas"  des tournages tropicaux. Côté agence de pub, le trait est carrément déjanté : délires carburant à la cocaïne ; l'alcool et le sexe coulent à flot. Octave, rédacteur publicitaire, le  héros-diva, est odieux et infantile dans son mépris total de ses collègues et de ses clients. Il "décide aujourd'hui ce que vous allez vouloir demain". Pour lui, "l'homme est un produit comme les autres". Et c'est aussi du consommateur que l'on se moque en le manipulant par des images et des séquences de rêve pour lui faire acheter un yaourt. "On avait calculé que de la naissance à l'âge de 18 ans, toute personne avait été exposée à 350 000 pub. Il aura fallu 2000 ans pour en arriver là !".

Finalement Octave "pète les plombs" et se suicide. Et pourtant "au début je voulais faire le bien autour de moi. Cela n'a pas été possible pour deux raisons : on m'en a empêché et j'ai abdiqué". CQFD : encore une victime du système ! Un procès en règle contre marketing et publicité. Mais quelle est la part de réalisme et de vérité dans tout cela ?

  

Le pire jusqu'à la nausée

 

99 Fr, de Jan Kounen (2007), d'après le livre de Fréderic Beigbeder.

Ici l'abjection côtoie le sordide. Milieu de la pub, des "créas"  des tournages tropicaux. Côté agence de pub, le trait est carrément déjanté : délires carburant à la cocaïne ; l'alcool et le sexe coulent à flot. Octave, rédacteur publicitaire, le  héros-diva, est odieux et infantile dans son mépris total de ses collègues et de ses clients. Il "décide aujourd'hui ce que vous allez vouloir demain". Pour lui, "l'homme est un produit comme les autres". Et c'est aussi du consommateur que l'on se moque en le manipulant par des images et des séquences de rêve pour lui faire acheter un yaourt. "On avait calculé que de la naissance à l'âge de 18 ans, toute personne avait été exposée à 350 000 pub. Il aura fallu 2000 ans pour en arriver là !".

Finalement Octave "pète les plombs" et se suicide. Et pourtant "au début je voulais faire le bien autour de moi. Cela n'a pas été possible pour deux raisons : on m'en a empêché et j'ai abdiqué". CQFD : encore une victime du système ! Un procès en règle contre marketing et publicité. Mais quelle est la part de réalisme et de vérité dans tout cela ?

Zoom sur l'entreprise au cinéma (1)

Persécuteurs et victimes

 

Ressources Humaines, de Laurent Cantet (1999)

Si le trait est parfois typé, il n'est pas outré. Le jeu des relations est présenté de façon réelle sans accuser le trait. Le patron est… un patron un peu imprévisible mais plutôt sympa. Le DRH un peu "formaté" est assez vraisemblable. La famille du personnage principal, père et fille ouvriers dans l'usine, mère femme au foyer, est assez crédible dans son expression. Les différences de "classes" sont décrites avec justesse, le fils qui passe directement de la fac au bureau, côtoie des ouvriers qui alignent les années derrière leur machine sans autre référence. La déléguée CGT, un poil typée, n'est pas présentée sous son meilleur jour… Le propos est bien mené, c'est bien interprété, on s'y croirait.

Puis le film bascule, avec l'injustice qui frappe le père, dans une dichotomie exacerbée. On nous ressert le cliché mille fois rebattu : bons (la classe ouvrière abusée et trompée) contre méchants, (la classe dirigeante, malhonnête et brutale). Le fils, RH stagiaire, dans son incapacité à les unir souligne ce clivage, et le renforce quand il va, révolté par l'injustice qui frappe son père, "trahir' son camp. On est dans la caricature dialectique ou la déléguée CGT, devenue subitement très sympathique, mène le combat. Cette deuxième partie contredit toute la construction précédente qui apparaît comme un faire-valoir grossier de la lutte radicale qui suit. La morale se dessine sans finesse : malgré des apparences parfois trompeuses l''entreprise est toujours  le terrain de la lutte des classes et les patrons ne sont que des voyous, menteurs et profiteurs. Finalement les personnes ne sont qu'une ressource humaine à comptabiliser et à gérer.

 

Dans la tourmente, de Christophe Ruggia (2012)

A cause d'un troisième plan de licenciement, de la prochaine délocalisation de l'usine apprise par hasard, deux employés décident de monter une opération pour alerter les médias. Mais cela tourne au drame. Le cinéaste décrit combien les difficultés sociales qui mènent au désespoir poussent un père de famille honnête à passer dans l'illégalité. Mais la encore le propos est dialectique : patron voyou et employés victimes irresponsables.

 

Les temps modernes, de Charles Chaplin (1925)

L'entreprise est un monde absurde et inhumain ou les ouvriers sont des moutons. L'homme est le jouet des machines (l'absurdité du travail à la chaine taylorisé) ou des rythmes (alors que son contremaitre est coincé dans une machine, Charlot va s'arrêter pour la pause repas –comme les autres machines). Les rapports de travail sont conflictuels.

Le patron, oisif, fait un puzzle en surveillant ses ouvriers grâce à un système prémonitoire de vidéo surveillance. Il décide d'augmenter les cadences de façon arbitraire. Son encadrement est présenté comme garde chiourme. Si le film est une occasion de revoir les célèbres scènes de pantomime du cinéma muet, l'évocation de l'entreprise reste très sombre.

 

Rien de personnel de Mathias Gokalp (2009)

L'entreprise pharmaceutique MULLER organise une réception, dans un splendide hôtel particulier, pour le lancement d'un nouveau produit. En fait ne s'agit-il pas plutôt d'un exercice de coaching ou d'une manipulation en vue de la vente prochaine de l'entreprise ? On est plongé dans un environnement étrange et inquiétant. Les cadres doivent manipuler efficacement leurs collaborateurs pour être bien notés. Seul le délégué (Denis Podalydès) reste humain mais malgré ses efforts il échoue. Ecœuré il démissionne. Finalement la conclusion s'impose : c'est la structure et son organisation qui pourrissent et vampirisent les rapports humains et non les individus eux-mêmes.

 

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