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Publié par Frédéric de Butler

Ghost in the shell***

Film de Rupert Sanders, mars 2017

Le film est tiré du manga éponyme de Masamune Shirow. Trahison pour la presse "branchée", chef d’œuvre pour les spectateurs, ce film de presque deux heures ne laisse pas indifférent. 

Ghost in the shell***

Nous sommes en 2030, le « Major » (Scarlett Johannsson), jeune femme sauvée d’un terrible accident, a été dotée d’un corps aux capacités cybernétiques stupéfiantes.

Le monde doit faire face à une menace inédite qui permet de pirater les esprits et de les contrôler pour les asservir. Le Major est la seule à pouvoir affronter ce danger. Peu à peu nous entrons dans son univers. A la suite d’un accident, son cerveau aurait été transplanté dans un corps cybernétique par le Dr Ouelet (Excellente Juliette Binoche). Le film se poursuit par ce combat titanesque contre les forces du mal… mais peu à peu le Major va découvrir la vérité sur ses origines...

Ghost in the shell***
Ghost in the shell***

Dès les premières images le film à un parfum de « le 5ème élément » de Luc Besson, 20 ans plus tard… Ville futuriste avec des avenues qui se superposent et une circulation incessante à tous niveaux entre les tours gratte-ciel… Détail amusant le futur de Rupert Sanders est à la fois plus moderne et plus actuel. Plus moderne nous avons droit à des hologrammes un peu partout. Plus actuel, les véhicules ont tous des airs de vielles guimbardes des années 2000 plus ou moins rafistolées. La bulshitt-fashion des années 2010 (1) est passée par là..

Ghost in the shell***
Ghost in the shell***
Ghost in the shell***

Côté scénario, c’est un peu confus. Juliette Binoche avouait dans une interview ne pas encore avoir compris le détail de l’intrigue. 

Paradoxalement, ce n’est pas véritablement un handicap. Le film nous projette tellement dans un autre univers, que ce flou sur l’histoire et « qui est qui » n’est pas gênant.  Nous sommes plongés dans une autre dimension, de façon assez réaliste et c’est une des grandes réussites du film. Les scènes se suivent avec toujours un bon suspens et son lot de surprises qui tiennent le spectateur en haleine. Côté technique c’est très soigné avec des effets spéciaux très bien menés. 

Ghost in the shell***

Scarlett Johansson est bluffante dans son interprétation du Major. Elle a la tête de « manga » qui convient, et surtout une inexpressivité du visage qui correspond assez logiquement à ce que pourrait être un cyborg(2) : pas un sourire, pas une mimique, des yeux toujours ouverts. Malgré cela elle réussit à dire beaucoup de choses par l’expression de ces yeux, ce miroir de l’âme. Et c’est là aussi la note finale du film, plutôt saine et universelle : c’est l’âme qui anime le corps et qui fait la personne. Ghost in the shell littéralement « le fantôme dans la coquille » se traduit ainsi plus fidèlement par « l’âme dans le corps ». 

Ghost in the shell***
Ghost in the shell***

A voir en 3D. Je ne suis pourtant pas fan de la 3D, mais là c’est vraiment réussi et complétement cohérent. A voir et revoir la scène sous-marine ou les méduses frôlent le spectateur.. de toute beauté !

 

(1) Fuc…-bulshitt-fashion (©FB)  : mode actuelle (par exemple avec ses pantalons, collants et bas volontairement troués et déchirés) qui à la suite de l’art plastique contemporain, érige le culte de la m…. en horizon insurpassable de la beauté. Le détail-point-d'orgue d'une décadence abyssale.
(2) Un cyborg (de l'anglais « cybernetic organism ») est un être humain qui a été greffés avec des parties mécaniques.

 

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Laurent M 17/04/2017 14:48

D’accord avec votre avis. Ce film est une réelle réussite. S’il n’atteint pas la profondeur d’un "Blade Runner" , les images sont parfaitement maîtrisées, à la frontière entre la poésie et univers apocalyptique. Le film d’animation de 1995 est respecté et les clins d’oeil sont nombreux. Il manque juste la majestueuse musique de Kenji Kawai et les longs passages méditatifs. "Ghost in the shell" est un excellent film de science-fiction, genre qui n’a qu’une seule ambition : traiter de la place de l’humain dans le monde et de sa destinée. En l’espèce, de l’humain ou de la machine, qui remporte la palme ? Je vous laisse deviner même si la réponse est très facile. Par ces temps d’intelligence artificielle et d’humanité augmentée, de tels films portent à réfléchir sur ce qui fait le propre de l’Homme.

Johansson a le physique de l’emploi, très à l’aise dans les films de SF ("Lucy" de Luc Besson, mais également le magique "Under the skin"). Actrice de talent depuis son jeune âge (que l’on se rappelle l’adolescente blessée de "l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux"), j’aimerais simplement qu’elle aborde maintenant des rôles plus complexe où elle montre un autre visage que celui d’un cyborg impassible.

Annie Chanceau 09/04/2017 22:58

De mon côté, une vraie réticence pour ce type de film que je craignais trop violent, trop américain, trop effets spéciaux, trop simpliste….trop de budget (102 millions d’E, est ce bien raisonnable ?) Un réalisateur britannique Rupert Sanders….pour une adaptation de série manga culte ….Aïe !!! Et en plus un remake du film japonais « Ghost in the Shell » de Mamoru Oshii Et pour clore, le port des lunettes puisque le film est en 3 D.
Bref, et me voilà conquise !
En effet, j’ai été « scotchée » par ce film, l’effet 3D fonctionne très bien et on en prend plein les yeux, restant au cœur de l’action durant 2 heures. Scarlett « incarne » l’héroïne avec justesse par son jeu impersonnel, mais très présent. Juliette Binoche, au cœur de l’intrigue, est aussi très juste et les scènes d’action donnent du rythme l’intrigue (qui parfois pourra sembler un peu confuse à celui ou celle qui est éloignée de la culture manga…)
Un très bon moment de cinéma, où la violence des scènes d’action n’est pas disproportionnée, et où le suspens est très tendu.

Mais je souhaite aborder une autre dimension : le fond du film m’a touchée, avec sa question sur l’humain.
Le Major incarné par Scarlett Johansson se questionne sur son humanité : suis-je encore humaine si mon corps est robotique?
Le film tend vers une réponse ambiguë laissant l’héroïne affirmer « l’humanité est notre vertu » et « choisir » de rester dans le temps humain afin de poursuivre sa mission de service. Son compagnon, lui « décide » de quitter ce monde…..

Ce dimanche, l’Evangile du jour nous emmenait jusqu’au tombeau de Lazare.
Et alors que nous montons vers Pâques, je pense à la résurrection de nos personnes : esprit, cœur ET corps : ensemble indissociable qui fonde l’humain.
L’aboutissement du transhumanisme ne serait-il pas dans cette « désincarnation » que nous montre le film….. ?

Donc, pour résumer : un excellent moment de cinéma ouvrant sur un débat d’idées passionnant.
Mon étonnement à la fin de la séance fut de constater dans la salle la présence de jeunes enfants qui ne sont pas à leur place, me semble-t-il, pour ce type de film. (Mais c’était peut-être une famille de cyborgs !)