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Publié par Frédéric de Butler

Article vu 734 fois

Film de Martin Scorsese (2016)

Silence ***

Au XVIIème siècle deux jésuites, Sébastien Rodrigues et Francisco Garupe partent pour le Japon pour tenter de retrouver le Père Ferreira disparu.

A leur arrivée, près de Nagasaki, ils sont mis en contact avec des communautés chrétiennes qui survivent depuis des années dans la clandestinité...

Silence ***

La vue des deux « Padres » les comble de bonheur.

Sans prêtres depuis des décennies leur foi s’est transmise de génération en génération, par la pratique des deux sacrements donnés par les laïcs : le baptême et le mariage.

En effet la très rapide expansion du christianisme à la fin du XVIème siècle a provoqué une forte réaction des autorités japonaises. Les prêtres Jésuites sont expulsés et les persécutions vont se répandre jusqu’au milieu du XVIIème. 

Silence ***
Silence ***
Silence ***

Les deux jésuites, se mettent à la disposition de ces communautés des catacombes. Ces derniers retrouvent la célébration de la Messe et la confession dont ils étaient privés. Dans cette région la chasse aux chrétiens est vive. Le « grand Inquisiteur » parcourt les villes et les villages avec ses hommes pour les traquer. Les habitants qui refusent de piétiner une image du Christ ou de la Vierge sont alors systématiquement torturés.

Et rien ne nous est épargné. 

Silence ***
Silence ***
Silence ***

Côté forme, ce film est une splendeur. Paysages magnifiques et de sublimes images jouant avec la brume.

C'est aussi très bien interprété. J’ai un petit regret sur les langues utilisées. Dans la VO les pères parlent en anglais et une partie des japonais aussi. A priori, au XVIIème les pères parlaient portugais et il est très peu vraisemblable que les paysans japonais aient communiqué avec eux autrement qu’en japonais. Gibson, dans "La Passion" utilisait les langues d'époque. C'est tout de même autre chose !

Silence ***

Mais tout cela reste très amer.

« Silence » est un film sur le silence de Dieu. En effet, si la foi est forte chez les fidèles, l’absence de relation et de consolation fera dire au Père Sébastiao, paraphrasant le Christ sur la Croix : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».

Devant  l’horreur du martyr, on se sent bien seul. Et si Dieu était absent ? semble-t-il se dire face aux tortures infligées à ses frères. Le film est une lente descente aux enfers qui se solde par l’apostasie des pères.  

C’est très dur. C’est désespéré.

Seule la dernière image semble contredire tout cela. Un peu comme la dernière tentation de Scorsese…

Silence ***

Et pour aller plus loin...

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Francine 07/03/2017 10:42

Ce film aborde, ou plutôt nous plonge dans des réflexions profondes sur la Foi. Par exemple :
Le martyre :
Les Pères savaient à quoi s’en tenir en partant pour le Japon, mais ils croyaient subir eux-mêmes le martyre. Or on les fait assister au martyre des chrétiens pour obtenir leur propre apostasie. C’est diabolique !
Pour éviter des tortures insoutenables, peut-on piétiner l’image du Christ ? Y a-t-il un pardon possible pour cela ?
Silence :
Celui de Dieu ! Il est assourdissant ! Comment peut-Il rester muet ? Est-Il absent ?
Il ne parle pas, mais Il est là, compagnon de souffrance et de déréliction…

L’annonce de l’Evangile dans le monde entier :

‘Pas besoin, incompatible avec la culture japonaise…C’est peut être valable pour vous, pas pour nous’ disent les dignitaires du Japon. ‘Reconnaissez-vous la foi qu’ont apportée vos prédécesseurs ? Elle est déformée, mélangée dénaturée…’
Et pourtant, quel amour du Christ, quelle fidélité et quelle persévérance chez ces paysans qui meurent martyrs pour leur Foi !

La miséricorde de Dieu :

Si elle est infinie, est-elle faite aussi pour les lapsi qui ont si peur de la torture, mais qui n’ont peut être pas perdu la foi ?

La dernière image du film :

Ne la loupez sous aucun prétexte !

Nous, les sœurs de Marly, nous vous encourageons à aller voir ce film pour partager en communauté, mais aussi pour en faire le sujet de réflexions avec des laïcs.

Le témoignage d’une amie, pour conclure :
Pour moi, j’ai été marquée par ce film et je suis restée plusieurs jours avec un besoin de silence pour mieux « accueillir » ce que j’ai vu.
Le titre du film «Silence» se sentait fortement dans les doutes, les luttes, recherche de la vérité.
Il m’aide à réfléchir sur ma vie d’aujourd’hui. Sur mes « pourquoi », sur tout ce qui se passe aujourd’hui dans l’Eglise. Sur tout ce qui pourrait me faire basculer dans le doute. Sur la nécessité de faire confiance au Seigneur, sans avoir de réponse à tout et surtout de continuer à croire à son amour.
J’ai aussi été impressionnée par le silence qui régnait dans la salle à la fin de la séance. On n’entendait pas un mot. Les gens restaient assis encore un peu. Pour moi c’était comme si nous avions tous été touchés profondément.

Isabelle P 05/03/2017 22:04

Film bouleversant. Où est Dieu lorsque les chrétiens abandonnés à leurs tortionnaires souffrent et meurent pour lui ? Dieu est là ! La force de résister à l’apostasie et de souffrir d’abominables tortures leur vient de Dieu seul.Ils entrent aussitôt ds Son Royaume quittant une vie de souffrance et d’inquiétude. Ceux qui faiblissent n’en sont pas moins aimés. La fin du film révèle que les prêtres apostats souffrent de leur trahison. Le rôle affreux de dénonciateurs est expiatoire comme si chaque dénonciation était une épine de la couronne qui percait leur coeur. Ils sont face à face avec leur honte. Cependant jamais ils n’abandonnent leur foi. Même, ils convertissent encore en secret. Sinon comment expliquer la dernière image ? Scorcese a dédié son film aux prêtres et aux chrétiens qui perdurent au Japon. Quant au Japon il défend sa civilisation avec détermination. Un Japon chrétien perdrait en quelque sorte son âme ! L’effroyable dureté de la répression est faite non de pure cruauté mais de l’absolue nécessité d’arracher cette religion trop attrayante qui réduirait à néant des siècles d’une civilisation hors norme. Ce ne sont pas pour rien les habitants d’îles par principe isolées. Mais la dédicace de Scorcese répond à la question du début : Le christianisme survit encore là bas malgré tout !

Isabelle K 22/02/2017 18:50

Pour info ce film est tiré d’un livre éponyme d’un écrivain japonais Endo Shûsaku, romancier assez connu du XX siècle, chrétien lui-même et connaisseur des oeuvres de Bernanos, Mauriac, et Claudel.
Pour l’avoir lu j’ai refusé de voir le film tant le souvenir des dilemmes insurmontables des chrétiens -prêtres et laîcs- m’avaient paru difficiles à appréhender… Le livre est lui-même violent et dérangeant. Les images que j’ai pu voir me semblent très fidèles aux évocations du livre ou aux représentations que je m’en étaient faites, cela a l’air d’être une réussite sur le plan cinématographique.
Ne me sentant aucune prétention dans le domaine délicat de ces questions théologiques et catéchétiques d’apostolat en milieu hostile, je veux simplement rappeler qu’il s’agit au départ d’une fiction littéraire propice aux interprétations et le film est l’adaptation de cette oeuvre et probablement une interprétation également, et je ne suis pas sûre que l’intention du cinéaste est de produire un film catholique…
La question du "mauvais " prêtre est pour nous douloureuse et en l’espèce m’a rappelée ce qu’en fait G Greene dans "la puissance et la gloire" , autre grand livre qui aborde ce thème en période de persécutions religieuses.
Quant à savoir ce que le prêtre aurait pu, du faire je médite la phrase de l’’évangile "le serviteur n’est pas plus grand que le maître" … et remercie le Ciel ne pas avoir à subir ce que nos frères chrétiens d’Orient ont à vivre depuis quelques années sans que cela nous empêche de dormir en Occident…

Amaury 22/02/2017 11:27

Petit rappel historique (sans avoir vu le film), à propos de l’apostasie : Saint Cyprien de Carthage, au IIe siècle, insiste déjà sur la blessure causée par cette "seconde persécution" que représente l’apostasie de "ceux qui sont (finalement) tombés" , les lapsi. Les règles étaient alors très strictes pour ne serait-ce qu’être réadmis à la pleine communion ecclésiale. L’apostasie (encenser les dieux, comme l’empereur l’avait ordonné, consommer une viande sacrificielle, etc.), était un péché grave que seul Dieu pouvait pardonner. C’est pourquoi, le plus souvent, Saint Cyprien a conclu que c’était au dernier terme de sa vie qu’un apostat pouvait recevoir le pardon ecclésial.
Cette sévérité ne doit pas étonner dans le contexte de la formation des institutions ecclésiales, et dans un temps de persécutions fortes. Toutefois, elle représente une leçon pour nous convaincre de la gravité de l’apostasie. Celle-ci constitue un contre-témoignage frappant. Certes, Dieu est seul juge, et nous devons être compatissant envers celui qui pèche. Toutefois, nous sommes assez renseignés sur la matière peccamineuse de l’apostasie. Je suis assez désolé de voir les bons sentiments de chrétiens qui, au nom du "je ne juge pas" , du "il faut les comprendre" , du "qu’aurait-on fait dans ce cas ? N’aurait-on pas chuté ?" , en viennent à oublier la véritable nature de l’acte. Oui, dans une telle situation, peut-être chuterais-je. Oui, un tel témoignage est difficile et parfois source de bien de souffrances (physiques). Mais je n’oublierai pas que Dieu m’a créé pour dire la vérité et agir conformément à elle.
Tout cela pour dire que je suis très moyennement convaincu par ce qu’on raconte sur ce film. D’autre avis ?

Frédéric de Butler 22/02/2017 11:34

Pour info, dans "Silence" le Père Rodriguez va apostasier pour faire cesser le supplice de 6 chrétiens torturés sous ses yeux. C’est un dilemme diabolique.

Laurence 22/02/2017 10:15

Tout a fait d’accord avec Isabelle, le héros a gardé la foi et l’a peut être transmise à son épouse discrètement. Ce film est admirable, il nous fait prendre conscience de la chance que nous avons de pouvoir vivre et pratiquer notre foi comme nous l’entendons, ce qui encore à l’heure actuelle est loin d’’être possible dans de nombreux pays.De nombreux chrétiens sont morts en martyre. Dans ce film nous avons la palette humaine du vice et des vertus, face à la torture nul ne peut savoir comment il va réagir.Qu’aurait fait le Christ si on avait torturé sa mère ?

René 21/02/2017 19:18

"Un film qui conclut fort mal et donne un mauvais exemple, ce qui est bien navrant" écrit Rémy dans l’un des commentaires supra.
Avez-vous bien vu les dernières images ? La femme japonaise du missionnaire pose discrètement et à l’insu de ceux qui la surveillent une croix dans les mains du défunt, juste avant l’inhumation. Le mystère même de leur (mari et femme) relation à la foi des missionnaires persécutés reste entier. Dieu seul "sonde les reins et les cœurs" (Jérémie 11,20)

Anne-Dorothée 21/02/2017 19:18

Tres beau film sur le Japon… Pays ou je suis née… Sur leur culture et sur le lien entre la foi et la violence… Je trouve juste que les deux personnages des jesuites ne correspondent pas a ce que on attend de pretres qui vont partir dans un pays de mission… Mission qu’ils choississent librement et en connaissance de cause… Nous ne sommes pas dans Indiana Jones… Et je trouve que leur foi est bien faible pour des pretres… L’image du japonais qui renie est tres belle et c’est d’ailleurs lui qui rappellera a Rodriguez… qu’il est encore pretre… Je trouve la question va bien au dela de l’apostasie… Question de vivre sa foi, de la transmettre… mais Scorcese ne dit pas que il y a toujours de Chretiens au Japon … et que cette religion n’a pas disparue… parce qu’elle ne prenait pas racine… Le lien aussi entre le rafinement des japonais et le cruauté de leurs executions… C’est un film qui pose beaucoup de question et qui nous en pose beaucoup sur notre foi … Quand on voit la joie qu’ils ont a recevoir un pretre pour les sacrements… Et bien je pense que nous devrions revoir notre maniere de vivre et nourrir notre foi qui est souvent bien light… Et de soutenir tous ces hommes qui ont donné leur vie pour nous, pour que nous puissions vivre de ces sacrements …

Paul 21/02/2017 19:18

Personnelement, j’ai été très touché par ce film (le thème de la miséricorde, la foi des chrétiens, etc); j’ai regretté l’absence de reflexion autour de "Aimez ceux qui vous persécuttent" …
Je trouve qu’il ne montre en aucun cas un exemple : lorsque le prêtre apostasie, on entend le coq chanter, par la suite, on voit qu’il vit dans le mensonge, la honte et une profond tristesse… pour moi il s’agit plutôt d’une triste réalité historique.

Par ailleurs, même si la fin peut être remise en question, cette persecution des Chrétiens est toujours hélas d’actualité. Et je trouve trés intéressant cette manière de la dénoncer.

Isabelle 21/02/2017 19:17

Pour moi, ce film ne justifie pas l’aspotasie. Il en pose seulement la question. Le héros n’a y-il pas toujours gardé la foi ? Il l’a juste gardée pour lui, au plus profond de son être. N’est pas aussi cela la foi, un acte personnel, profond ?
Il a vécu avec Dieu dans son coeur et l’a gardé en lui jusqu’à la fin. Quel plus beau gage d’amour et de foi ?

Philippe 21/02/2017 19:17

Film superbe, plein d’humilité. Bien trop facile de dire : "ils auraient du" , ou "ils auraient pu" …