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Publié par Frédéric de Butler

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Film d’Anne Fontaine (2015)

Les Innocentes***

1945 l’armée rouge « libère » la Pologne occupée par les Nazis. Les Soviétiques vont surtout mettre l’ensemble de l’Est Européen sous le joug communiste. Pas de quartier pour « les ennemis du peuple » . Les religieuses vont payer le prix fort de cette sauvagerie. Nombreux seront les couvents envahis par des brutes saoulées à la vodka. De nombreuses religieuses seront violées. La réalisatrice, Anne Fontaine (1) soulignait sur Europe 1 : « Le viol; des femmes est une arme de guerre, le viol des religieuses est une double arme de guerre, ce n’est pas seulement la femme qui est violée, mais aussi la religieuse qui est en elle ». Ces faits monstrueux ont été méconnus ou cachés depuis soixante ans, mais ils sont aussi d'actualité. Le viol de religieuses se produit aussi de nos jours dans certains pays d'Afrique ou en Haïti.

(1) Gemma Bovary  et Perfect Mothers

Les Innocentes***

Anne Fontaine s’est inspirée du journal d’une jeune médecin de la Croix Rouge, Mathilde Pauliac.(Mathilde Beaulieu à l'écran). Cette dernière y raconte ce jour fameux où « une bonne sœur vient la voir, affolée, et lui demande de l’aide d’une manière tellement bouleversante qu’elle décide de prendre son ambulance, de traverser la forêt et de rejoindre ce couvent, complètement perdu dans les bois ».

Les Innocentes***

« Les Innocentes » est un film poignant, dur, parfois désespéré qui s’illumine dans le dénouement. Ces femmes ont  donné leur vie « au Divin Epoux » et se retrouvent enceintes à la suite de ces actes odieux. Leur foi résistera-t-elle à ce séisme physique, psychologique, moral  et spirituel ?

Tout cela est fort bien décrit,. Les deux scénaristes (Sabrina Karine et Alice Vial) ont intelligemment campé avec les différentes religieuses, la variété des réactions : déni de réalité, cauchemar, « nuit de la foi », rupture mais aussi l’accueil progressif de ces vies naissantes.  

Nous assistons aussi à ce dilemme entre l’obéissance à la règle, la fidélité aux vœux monastiques et la situation endurée. Une religieuse a cette parole terrible : « la foi c'est’ vingt quatre heures de doute et une minute d’espérance ».

Un détail montre le soin apporté par la réalisatrice : Anne Fontaine a fait deux retraites au sein d'un couvent de religieuses Bénédictines Avec les soeurs qui l'ont accueillie elle a pu échanger longuement sur le sujet de son film. 

Les Innocentes***

Quelques réserves nèanmoins : 

La Mère Supérieure incarne avec beaucoup de sévérité cette soumission à la règle. Le comportement qu’elle aura à la fin du film m’est apparu invraisemblable. J’ai d’ailleurs demandé à Anne Fontaine, si ce détail était tiré du journal ou pure fiction. A suivre. 

D'autre part, le regard porté sur la vie religieuse Bénédictine semble plus celui d'une athèe ou d'une agnostique que d'une croyante. La description des soeurs est tout de même sévère, entre psychorigidité, enfermement névrotique ou vocation forcée... Il est vrai que nous sommes en Pologne, en 1945. Mais en forçant le trait cela m'a rappelé les outrances de "Philoména" le film de Stephen Frears.

Les Innocentes***

A côté de ces durs combats intérieurs, le film nous montre aussi la confrontation de ces mondes si différents entre la jeune médecin athée (Lou de Laâge), son collègue juif et les religieuses.  

Le film est très écrit. J’ai trouvé le milieu un peu long, mais à la réflexion c’est sans doute nécessaire pour nous faire ressentir la prégnance et l’horreur de cette situation.

Côté casting, la distribution est parfaite. Lou de Laâge est très adaptée à son rôle avec ce mélange de pureté, de sensualité discrète et de mystère. 

Les religieuses sont aussi très bien interprétées. Toutes sont de vrais personnages, avec leurs caractères et leur histoire personnelle. 

Les Innocentes***

A réserver aux adultes et aux grands adolescents, car c’est très dur.

 

Frédéric de Butler 15 février 2016

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Suzanne L 28/02/2016 16:26

Bonjour, j’ai été surprise de lire la teneur de certaines critiques dans ce blog occultant totalement le contexte dramatique initial à savoir le viol de ces nonnes. Ces religieuses ont vécu un traumatisme tel que les errements dont certaines font état dans ce film me semble particulièrement réalistes. Quelle communauté ne réagirait pas par quelques dérapages apres une telle sauvagerie. Au delà de la souffrance physique endurée et de leur voeu de virginité bafouée, elles restent vivantes quand certaines d’entre elles auraient certainement préféré mourir martyr, Désemparée, en proie au doute, à la colère ou au desespoir, ces soeurs développement des sentiments profondément humains comme certainement chacun d’entre nous confrontés à un tel drame. Leur statut de religieuses ne leur confere pas un stoicisme obligatoire devant l’innomable.
Quant à la mère supérieure, violée est atteinte de syphilis (c’est dit dans le film). Ne connait elle pas une altération de son discernement dans sa conduite ce à quoi le développement de la maladie pourrait conduire.
Je suis sage-femme en exercice et naturellement j’ai vu ce film également avec une perception professionnelle. Les angoisses de ces accouchements vécues par des femmes non préparées à la maternité et dans un contexte de soins rudimentaires peuvent se traduire par des manifestations que d’aucun juge exagérées à l’aune des péridurales et autres préparations psychoprophylactiques que nous connaissons actuellement.
L’aide apportée par Mathilde est profondément humaine et encore plus à la suite du viol qu’elle a failli subir en totalité. Il y a dans son personnage une solidarité toute féminine sans féminisme.
Que ce film soit romancé ou non est secondaire pour moi. Il a cet enorme avantage de ne pas etre manichéens et permet donc à un public large d’apercevoir la dimension spirituelle de communauté religieuse. Ne jetons pas la pierre à ce beau film !

Frédéric de Butler 28/02/2016 16:27

Merci de cet éclairage documenté et précis.

Lisette 28/02/2016 10:55

tres belle critique qui, oh surprise, a découvert que les scénaristes existent!!!!!
http://le-poulailler.fr/2016/02/les-innocentes-un-processus-intense-depure-pour-accoucher-de-notre-scenario-entretien-avec-alice-vial-et-sabrina-b-karine

Père Olivier HUMANN 26/02/2016 04:36

Un livre sur le sujet ?

sabrina 23/02/2016 08:53

Cher Frédéric,

Pour répondre à votre question sur les choix de la mère supérieure, tout est pure fiction. Seul le point de départ du film " un docteur de la croix rouge rencontre des bonnes soeurs enceintes" est vrai. Contrairement à ce qui est dit dans la presse, personne n'a jamais eu accès au journal intime de Madeleine pendant l'écriture du film, nous avons donc tout inventé.

Bien à vous,

Sabrina

sabrina 23/02/2016 14:48

Parce qu'Anne Fontaine a dit que c'était inspiré du carnet dans le dossier de presse, donc tout le monde a repris l'information. Mais c'est faux.

Frédéric de Butler 23/02/2016 14:39

Merci, Sabrina. Si je comprends bien vous êtes une des deux co-scénaristes du film. Cette information est importante. Pourquoi la presse a-t-elle si unanime affirmé que le film était basé sur une histoire vraie racontée dans le journal de Mathilde ? C'est étrange...

Armelle Castaing 21/02/2016 12:12

je pense que c'est une bonne analyse ! je pensais y aller avec mes trois filles, mais j'ai eu peur de les choquer (15 et 17 ans) ; j'ai reculé au dernier moment !
Armelle

Frédéric de Butler 21/02/2016 15:29

Sage décision... prévenir vaux mieux que guérir.

Clotilde B 18/02/2016 17:06

Très beau film… Combien émouvant !

Françoise B 18/02/2016 09:23

Ce film est magnifique. Les personnages sont saisissants. Le film retrace la vie, la douleur, les souffrances de ces moniales dans un infini respect de chacune d’elle, de la religion, de leurs choix. Anne Fontaine a su montrer tout cela avec délicatesse, sans jamais déraper dans le pathétique. C’est un très beau film.
Le choix de la supérieure, qu’il soit réel ou fictif ne m’a pas choquée : elle a essayé d’agir au mieux compte tenu de la situation. Elle a expié son péché qu’elle portait avec douleur. Il n’y a rien de caricatural ou de forcé dans le film.
J’ai vu ce film le mercredi où il est sorti, à Strasbourg. La salle était comble. Il y régnait un grand silence, il n’y a eu aucun ricanement, personne ne s’est gaussé des situations, même quand la supérieure intime le silence par obéissance à une des sœurs.
Si le film montre une des sœurs qui choisit de retourner dans le monde, cela démontre la liberté dont elles jouissent avant de prononcer leurs vœux. Il se termine quand même dans la beauté de la vie religieuse avec la très belle "photo de famille".

Frédéric de Butler 18/02/2016 10:08

Le choix fait par la supérieure est invraisemblable. Après 35 ans de vie monastique et de méditation quotidienne, faire un tel choix, "pour sauver l’honneur" est incompréhensible. Le seul et le plus grand honneur d’un chrétien c’est la croix et l’amour de son prochain. Plutôt qu'honneur en la matière, il s’agit plutôt d’horreur…
C’est la faille majeure du scénario. Cela établit un amalgame d’avant plus monstrueux qu’il est discret. Cet élément permet de douter des intentions de la réalisatrice.

Elisabeth 18/02/2016 09:22

Sujet grave, basé sur des faits réels, remarquablement intérprété par, notamment par les 2 actrices principales, et qui ne laisse pas indifférent…
Je rejoins le point de vue de Patrick du Besset sur le fait que le scénario sacrifie "ce qu’il convient au politiquement correct" , ainsi que celui de Frédéric de Butler qui indique que "La description des soeurs est tout de même sévère, entre psychorigidité, enfermement névrotique ou vocation forcée… ".
MAIS MAIS MAIS…
Ce film met aussi en avant la beauté de la vie communautaire, la solidarité, la complexité du combat spirituel, la compassion, l’humanité des soeurs (dans le sens où être religieuse, même Mère Supérieure, ne signfie pas être parfaite, sans combats ou sans doutes).
Les choix de la Mère Prieure, radicaux et incompréhensibles à 1ère vue, doivent être remis dans le contexte et révèlent malgré tout le souci du devoir et la volonté de sauvegarder ses soeurs et le couvent.
Pas de prosélytisme, c’est certain. Mais après tout est-ce le but d’un film ?
Moins de profondeur spirituelle que "Des Hommes et des Dieux" c’est vrai aussi, mais une interprétation d’acteur remarquable qui permet à chacun, chrétien ou pas, de se mettre à la place de l’infirmière qui, bien qu’athée, va développer une vraie relation d’amitié avec les soeurs, pleine de compassion, de don de soi et d’amour.
Bref, film à voir !

Valérie 18/02/2016 09:21

-Ce film est absolument magnifique et vous fait réaliser à quel niveau les sœurs ont évoluées sur une courte période dans un moment de guerre très sensible.
Allez vite le voir car il ne va pas rester indéfiniment à l’affiche, cela vous fera réfléchir et discuter avec des cathos mais aussi des gens qui n’y croient pas et qui n’approuvent pas cette période au combien difficile (ce qui ne veux pas dire que les changements opérés à cette occasion seraient définitif à l’heure actuelle). Je l’ai vu à st Cloud.

Maeva 18/02/2016 09:19

Film poignant, mais très bien réalisé
A voir