Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Frédéric de Butler

Vu 99 fois

Film de Jacques Audiard, palme d’or à Cannes 2015.

D’une brûlante actualité, le lent retour vers l’enfer d’une famille de « migrants »  accueillie en France.

 

Dheepan ***

Un ancien militaire, dont la femme et les deux filles ont péri, veut fuir la guerre civile au Sri Lanka. Avec Yalini, une réfugiée qui veut rejoindre l'Angleterre, ils entraînent avec eux Ilayaal, une jeune orpheline de neuf ans. A trois ils vont se faire passer pour les membres de la famille Dheepan, décédés, dont ils vont racheter le passeport à un fraudeur. Ils rejoignent en bateau Madras (comme les migrants de Lampedusa), pour y prendre un avion qui doit les amener en France. On les retrouve faisant la queue dans l'office d’accueil pour réfugiés, puis dans le bureau du conseiller, qui fait le point sur leur dossier aidé d’un traducteur. Ce dernier est visiblement un ancien militaire comme Dheepan. Il lui dit exactement ce qu’il doit répondre au nez et à la barbe du conseiller qui n'y voit que du feu. 

Dheepan ***

Un peu plus tard, on devine que Dheepan a trouvé un job de gardien. On le retrouve dans la cité de la Coudraie à Poissy avec celui qui va l'accueillir et lui expliquer lle travail. Celui-ci, "Youssouf" n'a pas vraiment l'air d'un responsable de l'OPHLM, mais plutôt d'un gentil voyou local...
La cité de la Coudraie est le royaume des bandes et des mafias de la drogue. Entre le ballet des jeunes en scooter qui visiblement vont faire les livraisons de came et celui des grosses BMW des parrains, les entrées défoncées, les pitons incendiés et les ascenseurs hors service, les habitants essaient d'avoir un semblant de vie normale.

Néanmoins, pour les Dheepan, peu à peu la vie s'organise.  On aménage l'appartement, la petite rentre à l'école, on apprend le français a la maison. L'école apparaît comme une passerelle entre le monde tel que nous le connaissons et cet univers crapuleux, délabré et glauque. Cette famille improbable va peu à peu se souder. Entre Dheepan et Yalini, l’entraide, va progressivement s’ouvrir à la délicatesse, à la tendresse et finalement à l’amour. Cette lente cristallisation est évoquée avec respect et pudeur. Tous deux, assument aussi de façon très responsable leur nécessaire « parentalité » vis-à-vis de la jeune Ilayaal, Et là aussi, la transformation familiale s’opère. 
 

Dheepan ***

Rapidement Il faut trouver un emploi à Yalini. C'est l'incontournable Youssouf qui lui trouve un job de "papy-sitter" : il s'agit de préparer les repas et de s'occuper d'un vieux monsieur. On découvre un homme d'origine maghrébine d'une soixantaine d'années qui semble invalide et dépendant. Il apparaît par la suite qu'il a dût être un des parrains des mafias locales.  On assiste alors au retour triomphal de son fils, Brahim, dans la cité. On comprend qu'il vient de sortir de prison avec un « bracelet Taubira » à la cheville. Visiblement l'objet lui permet d’être localisé, mais ne l'empêche nullement de reprendre la direction de son gang. 
Coups de feu et règlement de comptes se multiplient.  
Peu à peu c'est pour les Dheepan un lent retour vers l'enfer. 

 

Dheepan ***
Dheepan ***

Le propos est brutal et sordide. On doit reconnaître à Jacques Audiard, le mérite de nous le  montrer sans l’atténuer : comme La Coudraie de Poissy, combien de cités sont devenues des zones de non-droit ou la république n’existe plus ? Quel est cet état qui cajole ses « bobos » et laisse dans la violence absolue, les « obscurs et les sans grade », ceux qui justement aurait besoin avant tout, d'un état de droit !


Impressionnant !


Les trois membres de cette famille « recomposée » s’expriment en Tamoul (sous-titré). C’est particulièrement bien joué. 
La terrible explosion de violence finale fait réserver le film aux adultes et grands adolescents.


 

Commenter cet article

Olivier 13/09/2015 19:26

Ce film est pas mal sans plus. ..
La 2 ème partie est moins intéressante
La fin est bâclée.

Frédéric de Butler 13/09/2015 19:27

Ok pour la fin.
Pour le reste, ce film évoque quand même sans artifices une réalité hallucinante dont les plus démunis payent le prix fort.
Souhaitons qu’il participe à une prise de conscience qui amène l’état à prendre ses responsabilités et à agir, pour que la loi républicaine soit respectée dans ces cités.

baxerres 12/09/2015 18:46

Je suis globalement d'accord avec le commentaire; Reste que la fin du film semble sortie tout droit du chapeau du magicien. Mais alors, où sont les lapins et la touterelle??;-/

Frédéric de Butler 12/09/2015 19:23

L'incontournable happy end, en somme...