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Publié par Frédéric de Butler

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Quand deux réalisateurs de grand talent, Clint Eastwood et Andrew Niccol (Bienvenue à Gattaca) se penchent sur la "guerre propre" et l’engagement des USA au Proche-Orient, cela donne deux films récents : "American sniper" et "Good kill". 

American Kill

AMERICAN SNIPER ***

Dans le Sniper, Eastwood, nous entraîne en Irak, à la suite de Chris Kyle  (Bradley Cooper), tireur d’élite historique des Navy Seal ( "the Legend" fut son surnom), au plein cœur de l’action. Puissamment secondé par les moyens technologiques, ce dernier couvre du haut de sa planque les mouvements des troupes en milieu urbain. La précision parfaite de son tir permet de sauver de très nombreux combattants US. 
Le patriotisme total qui l'anime et l'adrénaline des combats l'aident à résister aux demandes répétées de son épouse (Sienna Miller) de mettre un terme à son engagement. 

 

American Kill
American Kill

GOOD KILL ***

Avec Good Kill de Andrew Niccol,  inspiré également de faits réels, le commandant Tommy Egan (Ethan Hawke), pilote de chasse, est affecté au pilotage de drones. Du fond de son container technologique, dans le désert près de Las Vegas, il pourchasse et tue méthodiquement les cibles  (talibans et autres terroristes) désignées par sa hiérarchie. Le soir venu, il retrouve, avec sa famille à quelques kilomètres de là dans la banlieue de Vegas, les devoirs des enfants et le barbecue de voisinage…la vie ordinaire et paisible. Mais pour la courte route domicile/boulot, il a besoin d’un autre carburant : la bouteille de vodka qu’il avale à pleines gorgées avant de prendre le volant. Alcoolique ? Sans doute… Mais c’est surtout cette situation irréelle du combattant, qui tue sans risquer quoi que ce soit, qui délite tout son être. Tout ce qui fonde l’honneur et l’équilibre psychologique du guerrier, qui tue pour défendre la peau qu’il risque à chaque instant est ici renversé. Sans danger pour lui, Tommy Egan, est devenu une machine à tuer…pour la bonne cause. 

American Kill

Ici nous nous trouvons au cœur de la grande contradiction  de la "guerre propre" : « Nous sommes,  en fait, les meilleurs agents recruteurs d’AL Quaida » dira un membre de l’équipe des drones. Dans les deux films, la réduction des risques pour le soldat, optiimale avec American sniper, devient totale avec les drones de Good Kill. On retrouve l’emballement mimétique de la violence si bien décrit par René Girard(1), mais le déséquilibre se creuse entre les deux parties. L'emballement mimétique est faussé, et ne fonctionne plus que d'un côté. Côté US, où la violence ressentie est inexistante, le processus aboutit inéluctablement à la folie ou à la démission ; côté adverse, la violence ressentie à tous les instants renforce la détermination et l‘énergie décuplée de ceux qui n’ont plus rien a perdre.

Machiavélisme dépressif ou rage de vaincre, qui l’emportera ? Heureusement la disproportion abyssale des moyens entre les deux camps clôt le débat. 

 

(1) Des choses cachées depuis la fondation du monde – René Girard - Poche 1983

American Kill

En matière de réalisation, les deux films trainent en longueur. On sent que scénaristes et réalisateurs ont du mal à dompter la facilité du "Wargame vidéo" où les séquences se suivent. Il y a heureusement la rituelle progression dramatique. Dans le sniper l’apparition du tireur irakien face à Chris Kyle maintien la pression jusqu'à la fin. Dans Good kill, la prise de contrôle des opérations par la CIA et la lente dégradation psychique de Tommy Egan pimentent le dénouement.

American Kill

Côté interprétation, Bradley Cooper est assez convaincant en Chris Kyle. Ethan Hawke, lui, est parfait pour exprimer la torture intérieure progressive du commandant Egan. Les compagnes qui sont typées US à souhait, sont parfaitement à la hauteur de leur rôle, avec une nette préférence pour Sienna Miller qui a une richesse d’expressions et de jeu très convaincantes. 

American Kill

Certains m'ont demandé mes préconisations concernant les enfants.

Je réserverai Américan Sniper aux Adultes (c’est parfois très violent), quant à Good Kill, il peut être vu par des ados ; mais il n’est pas évident qu’ils accrochent.

 

Frédéric de Butler

27 avril 2015

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