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Publié par Frédéric de Butler

film de Abderrahmane Sissako (2014)
L'islamisme au quotidien. Un village Malien dans la région de Tombouctou. Les  Islamistes venus du nord contrôlent la région et appliquent la loi islamique dans ses moindres détails : gants et chaussettes en plus du voile pour les femmes, prohibition du tabac, de la musique et... des ballons de foot !

 

TIMBUKTU ****

Les habitants s'en accommodent comme ils peuvent. On les sent, résignés et fatalistes malgré leurs réticences et l'insoumission de certains. Un morceau d’anthologie très émouvant est le match de foot, sans…ballon. Les gamins s’en donnent à cœur joie sous le regard irrité de la « police islamique ». Les sanctions sont très dures. Une jeune femme est condamnée à 40 coups de fouet pour avoir chanté.

L'horreur est aussi au rendez vous : un couple est lapidé pour avoir eu des enfants hors mariage. C'est d'ailleurs ce crime, tiré d'un fait réel, dont l'écho fut insignifiant dans les médias occidentaux qui poussa le réalisateur à faire le film. 

TIMBUKTU ****

Ce qui est déroutant, ce sont les djihadistes décrits dans le film. Ils sont plutôt ordinaires et apparaissent presque sympathiques. On les sent convaincus de faire le bien et de faire avancer l’Islam. Ils apparaissent plus comme dévoués à faire respecter la loi que comme des brutes sanguinaires. Ils sont insignifiants et communs, comme ce gradé qui fume en cachette. Cela fait écho à la thèse d'Anna Harendt sur « la banalité du mal » : faisant le reportage du procès Eichman, elle conclut que ce monstre n’était qu’un petit homme quelconque qui avait obéit aux ordres. 

TIMBUKTU ****

Le film s'organise autour de la famille de Kidane. Ce derner, mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans. Cette existence nonchalante et heureuse va brutalement basculer dans l'horreur.
Cette vie rurale sommaire et archaïque côtoie des bribes de modernité. Du touareg aux djihadistes tout le monde a son portable, et l'important est d'aller « là où il y a du réseau ». L'un des héros du film, une des vaches du troupeau de Kidane porte même le nom très tendance de « GPS ». 

 

TIMBUKTU ****

Le film est bien fait avec un rythme lent qui souligne le fatalisme évoqué plus haut. La photo est soignée et c'est très bien interprété. 
A voir.  

 

Frédéric de Butler

9 février 2015

 

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